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Full text of "Second mémoire, pour la dame veuve Renard, plaignante. Contre les sieurs Renard, héritiers de leur frere. Et contre François Maillet & Charles Boudonneau, commis à la monnoye, & autres complices, tous accusés"

Z tW 525 (av. 4Z0 



((i) 





SECOND MÉMOIRE, 

PO U R la Dame Veuve Renard, Plaignante. 

C NT R E les Sieurs Renard, héritiers de leur frère. 

Et contre François Maillet & Charles Boudonneau , Commis 
à la Monnaye , ǧ autres complices , tous Accusés. 



'A kr. E s t de la Cour du i 3 Avril dernier, a ordonné avant faire 
droit, que François Maillet 6c Charles Boudonneau, tous deux 
Commis à la Monnoye, feroient affignés pour être ouis. 

Les Accufés, dans leur fécond Mémoire imprimé, difentquç 
la Cour a joint au Proches , c'eft- à-dire qu'elle a tacitement rejette 
la plainte de faux, & qu'elle n'a décrété les deux Commis que 
pour la. régularité de l infiruElion. 
Ce difeours n'en: pas fans doute pour les Juges, qui fçavent les termes 6c l'efpriç 
de leur décifion -, il n'en: fait que pour en impofer au Public. 

Tout le refte de leur Mémoire eft dans le même goût ; il n'a pas pour but d'inf- 
mûre les juges > puifque la vérité y manque prelque partout -, mais de femer 
l'illuiîon dans le Public, & fur-tout parmi quelques âmes tendres 6c compatiflan- 
tes, que tout appareil de juftice bleflè, 6c qui font toujours difpofés à s'interef- 
fer pour les coupables. 

La Dame Renard ne fuivra pas cet exemple ; elle ne va parler que pour fes Ju« 
es, 6c pour tous ceux qui aiment avec eux la juftice 6c le vrai. C'eftla vérité Jeu- 
e qu'elle cherche à tirer des ténèbres par la force des preuves. Dans cette vue 
elle ne répondra aux premier 6c fécond Mémoires des Accufés que fur les faits de 
quelqu'importance. Au furplus, comme c'eft uniquement par néçeilîté qu'elle 
remplit la trifte fonction d'Àccufatrice, elle s'en acquittera fans infulter , par des 
faits faux 6c étrangers, à ceux qu'elle aceufe , ni à leurs amis , 6c bien moins à ceux 
que le devoir dç leur état oblige de prêter aux Accufés le fecours de leur mini- 
ftere. {a) 

Quelqu'impreflion qu'ait dû faire fur fon cœur l'horrible ingratitude des Ac- 
cufés, elle ne fortira point, à leur'exemple, des bornes d'un procédé légitime. 
Elle fe fait une loi de méprifer toutes les injures vomies , ou à vomir contr'elle 

[a) Les Accufés difent à la page 3.2 de leur fécond Mémoire, que lejîeurde Roufiac remît fon 
Regiflre entre les mains d'un des confeils de la Dame Renard qui l'a fait tranferire pour en tirer les matériaux 
dont on veut abufer aujourd'hui contr'eux.Ces derniers faits font faux. Le prétenduRegiftre n'a point été 
tranfent ni extrait, & on n'en a fait aucun ufage.Le fieur deRoufiac, ardent àfe jultiher,ne montra riea 
qui pût le convaincre.On le défie de citer un ïeul fait qui ait été tiré de fon écrit. On n'auroit pas même 
pu le faire, puifque cet écrie ayant été rendu , le fait allégué fe trouveroit deftitué de preuves. C'eft 
donc ici une pure calomnie , qui manque également de vérité & de vrai-femblance. Elle ne prouve 
que la méchanceté de l'Auteur des mémoires , fur lefqucls elle a été copiée apparemment fans ré 
flexion. 




&. contre fes amies : elle n'y répondra qu'en s'appliquant d'autant plus à aug- 
menter la force des convictions contre les Accufés. 

Les interrogatoires fubis par Maillet ôc Boudonneau , ont répandu le plus 
grand jour furies fpoliations faites à la Caille delà Monnoye du Roi , Se même 
ïur les faux Regiftres qu'on a fabriqués après coup, pour tromper la Veuve :ces 
deux objets étoient les premiers du Mémoire de la Dame Renard $ ils occupe- 
ront le même rang dans celui-ci , après quoi on traitera fommairement les arti- 
cles de la fpoliation faite au cabinet du défunt. 

PREMIER CRIME. 
Registres Faux. 

Le fleur de Roufiac ayant infinuéà l'article 199. de fon interrogatoire, que 
Boudonneau avoit écrit ies deux regiftres dont il s'agit, la Cour a ordonné avant 
faire droit fur la plainte en faux principal, que Boudonneau feroit affignépour 
être oui. L'intention de la Cour, en renvoyant ainfi l'inftruction de Ja plainte 
en faux , ôc l'idée de M. le Procureur Général en différant d'y donner fes con- 
clurions , ont été fans doute d'attendre l'événement de l'interrogatoire de Bou- 
donneau fur unautre chef de plainte , afin de procéder à l'inftruction du faux avec 
plus de lumière. 

. En efîet, l'interrogatoire de Boudonneau abrégera confiderablement cette ins- 
truction, 

Boudonneau (art 101.) a reconnu que les deux regiftres étoient entièrement 
écrits & chiffrés de fa main j & cet aveu difpenfe la Dame Renard de prouver le 
même fait, par comparaifon d'écritures. 

Il ajoute (art. 104. ) qu'il les avoit écrits de l'ordre du fieur de Roufiac /cul $ 
mot important dont la fuite dévoilera tout le fens. A l'art. 108. il a dit, qu'il 
croyoit que c'étoit le lieur de Roufiac qui avoit fait la dépenfe portée fur ces deux 
regiftres j &c à l'art, fuivant, il a pofitivement afTuré ce fait, ce qui confirme l'a- 
veu dufieur de Roufiac à l'art. 201. de fon interrogatoire. Ces reponfes rendent 
certains l'auteur & l'inftrument du faux -, elles épargneront une plus ample recher- 
che, puifque d'ailleurs il eft prouvé par un écrit du 1 1 Août 1737. que ce font 
tous les frères du défunt qui ont remis à la Veuve les deux regiftres, en difant 
qu'ils faifoient partie des papiers de la Succefîion , & qu'aux premières lignes de là 
pag. 10. de leur nouveau Mémoire, ils dïfent: Nous foutenons ces regiftres véritables > 
&tels qu'ils ont été tenus fous les yeux de notre frère 

Voici donc où fe réduit tout ce qui refte a éclaircir. 

Boudonneau interrogé (art. 102. & 103.) s'il n'étoic pas vrai qu'il avoir, écrit 
les deux regiftres dans les cinq premiers mois qui s 'étoient écoulés après la mort 
du fieur Renard du Tafta, a répondu qu'il les avoit écrits à la fin de chaque année, 
c'eft-à-dire à la fin de l'année 173 1. & de chacune des années fuivantes , jufqu'au 
mois d'Août 1737. 

L'article 113. eft conçu en ces termes : Avons fait obferver au répondant , en lui 
ouvrant le/dits deux regiftres , & luifaifant parcourir toutes les pages, qu'ils font écrite 
d'un bout à l'autre de la même encre , de la même plume , avec la même force de main 
& d'une écriture également foutenue, ce qui prouve qu'ils ont été faits de fuite ; fnr quoi 
l' avons mterpellè de nous déclarer s'il n'efl pas vrai qu'il a écrit les 24. rôles qui corn» 
pofent tout le contenu au f dit s deux régi (Ire s, en un ou deux jours de tems; a répondu après let 
avoir examinés , qu'il les a écrits , comme il l'a dit ci-dejjus , h la fin de chaque année. 

Boudonneau n'a pas pu nier que les deux regiftres ne foient écrits de la même en- 
cre , de la même plume , avec la même force de main , &. d'une écriture également 
foutenue ; mais n'ayant rien à répliquera ces preuves convaincantes d'une fabri- 
cation récente, il répète fimplement que les regiftres ont été écrits en feptrepri- 
fes différentes, & que d'une reprife à l'autre il y a eu l'intervale d'une année. 
Il ne refte donc plus qu'à s'affurer du fait par le témoignage des Experts. 
Il eft physiquement impoffible qu'un regiftre préfènte d'un bout a l'autre une 
même teinte d'encre, les traits d'une même plume & d'une main également forte 
& foutenue, & que néanmoins il ait été écrit enfept années & fept reprifes diffé- 
rentes. Ainfi dès que les Experts conftateront les premiers faits, il en réfultcrft né- 
ceilairement que les regiftres font d'une édition toute nouvelle , ce qui d'ailleurs 



c ft confirme par une foule de preuves qui doivent encore demeurer dans le fecret 
tic h Cour. 

C'cft la Cour qui nomme d'office les Experts -, ils doivent être entendus féparé- 
fiient comme des témoins. Ainfi l'opération fera courte. 

Au fui-plusil s'agit ici d'une Plainte en faux principal, dont il eft impoffible d'ar- 
rC ter le cours. 

L'intérêt de la Plaignante eft fenfible.Si les deux regiftres font faux, il y enavoit 
donc de véritables qui ontétéfupprimés. Lesréponles deBoudonneau ont déjà 
changé ce raifonnement en preuve certaine, puifqu'il avoue ( aux articles 107, 

I r o , 1 1 1 , 1 1 1 bis £c 1 1 4. ) qu'il a tiré ce qu'il a écrit fur les deux regiftres en que- 
ftion, d'après un regiftre qu'il nomme Brouillon, fur lequel étoient portés les arti- 
cles de de penfe à mefure qu'ils étoient acquités ,£c jour par jour. 

Ce regiftre appelle Brouillon n'a point été trouvé fous les fcellés ni inventorié. 
Les regiftres faux, êc en particulier celui qui eft intitulé mai/on, renferment une 
partie des affaires perfonnelles du défunt. Le feu fîeur Renard faifoit la plus gran- 
de partie des payemens qui regardoient fes propres affaires par les mains du 
Caiiiier de la Monnoye : ce fait eft prouvé par le compte du Caiffier Maillet du 

I I Mars 1738. par le troifiéme regiftre joint aux deux qui font faux , lequel con- 
tient les différentes fommes remifes par le fîeur deRoufiac alors Caiffier à la Dame 
Renard pour la dépenlé de la maifon, parle compte du 14 Août 1737. figné du 
f jour deRoufiac, produit au Procès, & parles dépofîtions des 17 e 34 e 3 6 e Se 3 7 e 
des témoins que la Plaignante a fait afîîgner , comme ayant connoiflànce des paye^ 
mens faits par le défunt pour acquiter la Charge de Receveur Général des Finan- 
ces dont il avoit revêtu le fîeur de Roufiac fon frère. 

Dès qu'il eft prouvé, par les aveus deBoudonneau, que les articles de dépenfe 
portés fur les deux regiftres faux 6c concernant les affaires particulières du dé- 
funt, ont été tirés d'un regiftre qu'il nomme brouillon , il s'enfuit que ce prétendu 
iro«i//owécritjourparjour,ôcà mefure des payemens eft le regiftre original , qui 
entr'autres chofes , renfermoit généralement tout ce que le défunt avoit paye à 
l'acquit de Ion frère de Roufiac , 8c qu'il avoit fourni pour établir fes autres frères, 
£c que c'cft par cette railon qu'ils ont fupprimé ce regiftre important au lieu du- 
quel ils ont fubftituc deux regiftres faux , afin de tromper la Veuve. La confc-. 
quence eft évidente. 

Ainfî la Veuve a un intérêt capital de conftater la faufleté des deux regiftres , 
comme formant une preuve complète delafuppreffion des véritables. 

D'ailleurs on conçoit allez que ce crime de faux étant une fois établi, il en naî- 
tra une fource de lumières 6c de convictions pour tous les autres faits de la fpo- 
liation générale. 

Il eft donc impofîîbleque la Juftice fe refufe à l'inftrudion de ce faux princi- 
pal. Tout ce qu'on vient d'obferver fait connoître que cette procédure fera de 
tort peu de durée. 

SECOND CRIME. 

Enlevemens faits a laCaisse de laMonnoye duRoy. 

La parfaite connoiffance qu'ont les Accufés de toutes les opérations qui fefonc 
pour la régie desmonnoyes, leur donne un grand avantage fur la Plaignante 
elle les attaque dans leur propre pays, dont ils connoiflent tous les détours & les 
défilés ; mais les interrogatoires de Maillet 6c Boudonneau ont augmenté infini- 
ment l'étendue de ce fécond chefd'accufation , Scies lumières de la Plaignante. 

Les Accufés n'ont pas feulement enlevé de la Caiffe du Roi deux Plateaux 
pleins d'or i ils ont fouftrait encore d'autres matières d'or 6c d'argent , &c des ef- 
peccsjilsen ont ôté plufieurs regiftres èc prefque toutes les pièces juftificatives 
de la dépenfe faite pour le Roy depuis le premier Janvier i73 7,jufqu'au 2 Mars 
17 38, jour de la mort du ficur Renard deTafta. On va traiter en peu de mot$ 
ces quatre articles, 

I. Plateaux pleins d'or. Avant que le Scellé fût mis après la mort 
dumary de la Plaignante, Maillet remit au fîeur Genty 6c à Boudonneau deux 
Plateaux pleins d'or qui furent emportés à la chambre du lîeur Genty. Maillet a 



confirmé ce Taie général aux articles 2 6. 3 3 . &: fuivans de fon Interrogatoire , & 
Boudonneaudans lefîen aux articles 16. 17. &: 1 8. Cet enlèvement intérefle le 
Roy &: la Plaignante; mais pour écarter d'abord l'intérêt de cette dernière, les 
Accufés difent : 

i°. Que la Dame Renard a reçu la valeur des deux Plateaux par un article de 
24445 uv - inféré dans un compte figné d'elle. 

2 . Que cet or fut remis à elle-même par le fieur Genty; qu'elle le confia au 
fieur Marc-Antoine Renard pour le convertir en cfpeces , &c qu'elle en envoya 
chercher la valeur chez lui par fon domeflique. 

Ces derniers faits juftificatifs font de pures allégations fans preuve 6c même 
avancées pour la première fois ; car le fieur Marc-Antoine Renard dans tout l'In- 
terrogatoire qu'il afubi, n'a point dit que la Veuve lui eût remis cet or à lui- 
même, qu'il en eût fait la converfion en efpeces, ni qu'elle en eût envoyé cher- 
cher la valeur chez lui par un domeflique ; tous ces faits font de nouvelle inven- 
tion 5 on ne les a dit qu'au moment qu'ils ont été imaginés pour Ja première fois-, 
èc cependant on remarquera ici la méthode favorite du fécond Mémoire des Ac- 
cufés : ils fuppofentpour certain ce qui eft en qucfHon , fçavoir, que la Veuve a 
confenti après coup à cet enlèvement , 8c fur ce ridicule fondement ils déclament) 
ils fe recrient , ils s'emportent. Tel eft entr'autres le dernier article du fécond 
chef, pag. 1 3 . du fécond Mémoire des Accufés. 

Pourhazarder unefemblable Logique, il faut compter n'avoir pour lecteurs 
que des fots. 

Il eft vrai que tous les Accufés, & en particulier le fieur de Roufiac , ont dit pour 
leur j unification ; fçavoir le fieur de Roufiac , que l'or dont il s'agit , avoic 
été remis à la Veuve qui s'en étoit chargée par fes comptes -, de les autres Accufés, 
qu'elle en avoit reçu le prix par un article de 24445 av - p ort é dans les mêmes 
comptes. Mais le fieur de Roufiac étant interrogé en particulier à l'article 104. fur 
l'origine de ces 24445 liv. a répondu que c'était une affaire étrangère a la Dame Rt- 
»ard & k U fucceffton du défunt ,&que cette femme étoit venue de la. vente des biens 
de leur mère. 

Il peut bienêtre que le fieur de Roufiac n'a pas ditvraienallégantcetteorigine-, 
mais iliuffit qu'il ait reconnu que les 24445 liv. ne venoient point, comme les au- 
tres Accufés l'avoient dit , de la vente de l'or des deux Plateaux , & qu'il air afTuré 
que c 'étoit une affaire étrangère à la Dame Renard ejr à la fttccejjîon du défunt. Cette 
féponfe contredit le fait juftificatif allégué par les autres Accufés. 

Les fieurs Renard, après s'être rendus maîtres de tous les effets de la fucce/ïïon, 
prodiguoient à la Veuve le fin vole honneur de payer les dettes par les mains : dans 
cette vue ils avoient foin de lui remettre des fonds la veille ou la furveille de cha- 
que payement; mais ils ne lui difoient pas d'où provenoient tous ces fonds. C'eft 
ainfi que les 24445 liv. dont il s'agit, lui furent remifes. LaVeuve reçut cette Com- 
me comme provenant des effets inventories. 

Le vol des matières d'or eft certain , ôc la reftitution n'en eft pas jultifiée; ainfi 
le délit des Accufés, & l'intérêt delà Veuve demeurent pour conftans. 

Les Accufés ajoutent, pour fe juftifier par rapport à l'intérêt du Roi, que l'or des 
deux Plateaux ne faifoit point partie de la Caifle de la Monnoye, puifqu'il n'en eft 
point parlé dans le compte de la CaifTe rendu par Maillet , ni dans celui de la régie 
rendu par lefieurdePetitonau nom delà Veuve &c des héritiers; & que la fuccef- 
fion eft abfolument quitte avec le Roi. • • 

On répond en deux mots que par le compte du 4 Juin 173 8, tout infidèle qu'il 
eft ,il s'eft trouvé dans la Caille un vuide de y marcs 7 onces d'or & de 254 marcs 
d'argent. Le Roi avoit donc intérêt que l'or des deux Plateaux ne fût point empor- 
té de la Caifle. L'enlèvement qu'on en afaitaformécevuide,ou du moins il a oté 
auRoi fa fûretéôc fon gage. D'ailleurs Maillet, article 1 3 6. a reconnu que tout\ce 
qu'un Directeur a dans fa Caiffeejr dans fes laboratoires ne lui appartient point jufqu a ce 
qu'il ait rendu compte au Roy. L'or des deux Plateaux étoit dans la Caifle, &c par con- 
iéquent il appartenoit au Roi ; d'autant mieux que par l'événement il y a manqué 
des matières d'or. On étendra plus bas cette réponfè , en rappellant auffi avec plus 
d'étendue la même objection. 

Ainfi voilà un délit certain à l'égard de la Veuve èc même à l'égard du Roi, dont 

il a 



s 

il a fallu que la Veuve remplît la CaiiTe à fes propres dépens. 

Il eft inutile, quant àpréfent, d'examiner le plus ou le moins de valeur de cet 
objet. 

II. Autres Matières et Espèces e^leve'es. C'en: ici 
un nouvel objet que les interrogatoires de Maillet 6c de Boudonneau, ont don- 
né lieu de découvrir. Les Accufés ont enlevé de la Caille , des matières d'or 6c 
d'argent, 6c une quantité d'efpeces, indépendemment de ce qui s'eft. trouvé man- 
quer dans cette cailîè , 6c qui paroît avoir été fuppléé par la Succeiïion du défunt. 
La Plaignante ne peut être en état de conftater la valeur 6c l'importance de 
ces enlevemens,que lorfqu'elle aura vu les regiftres inventoriés, 6c fur-tout ceux 
qui ne l'ont pas été -, elle nepeut actuellement que prouver en général qu'il a été fou- 
/trait des matières d'or 6c d'argent, 6c pluiieurs fommes en efpeces : en voici des 
preuves. 

Lefieur Genty, à l'art 44. defon interrogatoire, a dit que Maillet avoit fait les 
fonctions deDirecteur (avec celles deCaiifier de laMonnoye) depuis le mois de Sep- 
tembre!^ 7- 6c le fieurde Roufïac,à l'art. 1 22. de ion interrogatoire, a appris à la 
Veuve, que Maillet avoit été chargé , par un fous-feing privé , des affaires du Bu- 
reau de la direction de h Caiflè delà Monnoye. Cet état fous feing privé a été 
fouffcrait par les Accufés, qui répondent à l'ordinaire contre la vérité , & fans au- 
cune preuve, que l'état dont il s'agit fut remis à la Veuve, ôc qu'elle même le 
rendit à Maillet après le compte dont on va parler. 

Cet étatétoit daté du 10 Août 1737. & fur ce fondement, il fut rendu par 
.Maillet un compte le 22 Mars 1738. intitulé : Compte que rend Maillet , Commis 
du feufieur Renard , h fa. Veuve ejr héritiers, de la régie de la caifté delà Monnoye, dont 
il a été chargé parle feu Jicur Renard , a compter du 10 Août 17 $j . jufques & compris le 
■2 2 Mars 17 3 S, que les f celles appofés après le décès du feu fieur Renard , ont été levés , ejf^ 
l'inventaire clos. 

Or , ce font les infidélités de ce compte , qui font la matière êc même la preuve 
des enlevemens dont on va parler. 

En premier lieu , Maillet n'a point parlé dans ce compte, des matières d'or 6c 
d'argent dont il avoit été chargé. Interrogé, art. 59. fi dans le compte par lui 
rendu le 22 Mars 1738. il a fait mention de tout ce que le défunt lui avoit re- 
mis Je 1 o A oût 1737. concernant la caille de la Monnoye , fuivant l'état double , 
il a répondu qu'il n'y a jamais eu d'état fait double entre lui & le défunt, mais qu'il 
6'etoit chargé de la Caille, fuivant le journal , pour l'argent comptant 6c effets exi- 
gibles ;ôc pour les matières, fuivantl'état du dernier Février, au bas duquel lui ré- 
pondant a mis /on Recepi(fe\ dont le /ieur Petiton s 'étoit chargé, parce que les re- 
gi/tres fervoient de double. 

Maillet s'eft chargé, dans le compte du 2 2 Mars , de l'excédent du journal en ef- 
peces j mais il ne s'eft point chargé de l'excédent en matières d'or 6c d'argent , & n'a 
même fait aucune mention des matières, quoiqu'il en fut chargé par fon recepiflëj 
félon lui , au bas de l'état du dernier Février 1 7 3 7. Ce filence elt une infidélité ma* 
nifefte. 

Il y avoit du moins dans la Caiffe un culot d'or, & les efpeces étrangères em- 
portées fur deux plateaux ; pourquoi Maillet n'en a-t-il point parlé dans fon comp- 
te du 1 2 Mars , au moins par forme d'obfervation , puifque de fon aveu ( art; j j. 
fie j 7.) ce compte regardoit uniquement la fucceflion du défunt ? 

Maillet, interrogé (art. 2.) quelle étoit fon occupation à la Monnoye, a dit 
qu'il étoit chargé de la Caiffe, de faire faire les fontes , 6c de faire travailler les Ou- 
vriers. Maislofqu'on l'a interrogé à l'art. 1 00. au fujet des matières d'or 6c d'argent 
qui étoient dans les fonces au jour de la mort du défunt, il a dit qu'il ne fçavoit pas 
la quantité qu'il y en avoit , &: que ce n'étoit pas lui qui les livroit. On laifîe à pen- 
fer (i cette ignorance fa u fie 6c affectée ne confirme pas fa complicité dans l'en- 
lèvement des matières d'or 6c d'argent, 6c dans la fuprefîion de fon récepifîe. 

En fécond, lieu, Maillet^ art. 5 7. a dit , que dans le compte par luy rendu k la Veuve 
'& aux héritiers, il s'eft chargé en recette de 8 79 S S liv. parce que cette fomme étoit 
Àeftinée aux dépenfes particulières , dont le Directeur eft tenu pour fa régie, & que ce- 
toit le feu l compte qu'on pouvoit exiger de luy, parce que les comptes du Royfint rendus 

B 



6 

h la décharge de la Veuve & des héritiers , qui opère celle du Répondant. 

Cette recette de 87988 liv. balance deux articles de dépenfe entre pluficirs 
autres -, ils font conçus en ces ternies : Eft fait dépenfe four les efpeces trouvées en 
la Caijfe le 14 Mars 17 3 X. & remifes a M .Renard Petiton, cy û S 34s liv. Plus, pour 
remifes faites àMadame Renard pour les dépenfe s de la mai/on ,6000 liv. Par l'In- 
ventaire il eft dit auffi que les 68349 ^ v - durent remifes au fieur de Petiton. 

Mais pourquoy cette fomme de 68349 nv> fut-elle remife au fieur de Petiton 
&nonàlaVeuve,puifqu'il eft certain par tout ce qui vient d'être rapporté, que 
cette fomme appartenoit à la fuccefïïon ? On a cherché à tromper la Veuve en 
luy faifant entendre que cette fomme appartenoit au Roy. 

En troijiéme lieu. Dans le compte du 22 Mars 1738. Maillet ne porte en re- 
cette pour les droits du Directeur, depuis le 1 er Janvier 1*737. j u ^l uau z Mars 
173 8. que 10967 liv. & cependant il porte en dépenfe depuis le 10 Aouft 1737. 
pour moins de fept mois de travaux, 19540 liv. ce qui eft impoffible 3 car les 
droits du Directeur doivent necellairement excéder la dépenfe qu'il doit faire 
fur le montant de ces mêmes droits. La fraude eft manifefte. 

En quatrième lieu. Maillet afliire ( article 21. ) qu'il n'a point été chargé des 
affaires particulières du défunt, que la feule qu'il ait faite a été de payer joo 1. 
des deniers de la Caiffe. Il ajoute (article 2 2.) que le défunt ne lui a remis au- 
cun fonds, &. aux articles 23 & 24 qu'il n'a fait ni recette, ni dépenfe, ni au- 
cune affaire particulière pour le défunt. Maillet a nié ces faits , parce qu'il 
n'ignore pas qu'un Comptable ne peut faire une recette & une dépenfe , recevoir 
& acquitter des Lettres de change, fans avoir des Regiftres Se rendre compte 
de fa geftion. Il a formellement défavoué aux articles 25 & 74, d'avoir tenu des 
regiftres pour les affaires particulières du défunt, & il s'eft concerté fur tous ces 
points avec le fieur de Roufîac fon prédecefïèur , qui affirme aux articles 195- 
198. qu'il n'a jamais été chargé des affaires particulières de fon frère, qu'il n'a 
rien reçu ni payé pour le défunt. Mais l'un ôc l'autre de ces aceufés en impofenc 
également: Maillet en particulier parle contre la vérité, lorfqu'à l'article 84 il 
dit en général que toutes les recettes Se dépenfes qu'il avoit faites pour le dé- 
funt font crtoncées au compte du 22 Mars. 

Il a été obligé de convenir aux articles 69 ôc 70, qu'il avoit reçu une Lettre 
de change, dont il n'avoir fait aucune mention dans ce compte, ôc dont il a 
refufé de déclarer la valeur ôc le débiteur. Il a obmis dans ce même compte 
une dépenfe de 500 liv. ( dont il eft convenu article 21. ) ôc toutes les autres 
dépenfes qu'il a été obligé d'avouer aux articles 197. 201 : ce qui prouve que 
Maillet étoit chargé d'une partie des affaires particulières du défunt, & que le 
compte du 2 2 Mars eft infidèle , puifqu'il ne comprend pas cette gefHon. 

Maillet prétend (article 42. ) que levuide delaCaifîèdu Roy n'efl venu que 
de la dépenfe en efpeces qu'il avoit faite pour le compte particulier du défunt. 
En fuppofant ce fait, il s'enfuit que Maillet étoit chargé de plufîeurs affaires pour 
le défunt , dont il n'a point parlé dans le compte du 22 Mars, ôc que ce compte 
eft frauduleux. 

Enfin , à l'article 100, Maillet a dit qu'il avoit rendu au défunt , après fon retour 
des eaux de Bourbonne, où il étoit allé au mois de Septembre 1737. les pièces 
juftificatives des payemens que luy Maillet avoit faits , ôc qu'ils s'étoient récipro- 
quement tenus quittes jmais le 22 Mars 1738 Maillet a rendu compte depuis 
le 10 Aouft 1737 ; il n'a point repréfenté d'autre arrêté, & à l'article 8 4 il a dit 
que toutes les recettes & dépenfes qu'il avoit faites pour le défunt , font énoncées 
dans le compte du 2 2 Mars. 

Ainfi , l'inndélité de ce compte eft démontrée. Mais pourquoy s'y eft-on écarté 
du vray? c'eft évidemment ann de ne rendre Maillet reliquataire aux yeux de la 
Veuve que de la modique fomme de 3 6j 1. On a fouftrait le furplus de laCaifle 
dont Maillet étoit chargé. 

En cinquième lieu. Rien ne rend plus fenfiblc la fpoliation énorme delaCaïflè, 
que le fait dont on va rendre compte. Maillet avoue aux articles 151 ôc 152, 
qu'il y avoit au Bureau de la Caifle de la Monnoye , une armoire à quatre bat- 
tàns,ôc une autre à deux battans,dans l'une defquelles on a trouvé les 68349 '• 
dont on a parlé ci-deffus. Ces armoires fervoient à renfermer tous les regiftres 



7 

depuis 1710. tous les comptes arrêtés du défunt depuis le même tems , tous les 
procès-verbaux que Meilleurs les Commifïaires de la Cour des Monnoyes drefïènt 
tous les ans de l'état de la Caifle , enfin toutes les pièces juftificatives de la dépenfe 
faite pour le Roy, fie pour les affaires particulières du défunt. Qu'a-t-on trouvé 
dans ces va/tes armoires fie dans une autre qui eft au Bureau de la Direction, dans 
un grand coffre fort , fie fous un grand pupitre ? Rien 3 un vuide univerfel j pas une 
feule pièce. 

Rien au monde ne démontre mieux une fpoliation générale. 

Maillet en a été neceflàirement complice, puifqu'il avoic les clefs de fon Bu- 
reau. 

Il réfulte de ces obfervations , que fuivant les aveus des aceufés , ils ont commen- 
cé à fouftraire l'état ou récepifle , par lequel Maillet étoit chargé des matières , des 
efpeces fie des effets actifs de la CaifTe de la Monnoye du Roy , 6e qu'à la faveur de 
cette fouftraction ils ont enlevé, en l'abfence de la Veuve, généralement tout ce 
qu'ils ont pu emporter de ce dépôt facré , ce qui fera rendu encore plus fenfible 
dans les articles fuivans. 

Mais auparavant il faut répondre à deux faits juftificatifs allégués par les aceu- 
fés. On a déjà parlé du premier de ces faits , fie c'eft ici que l'on s'eft propofé de le 
traiter plus amplement. 

Premier Fait justificatif. Les Aceufés difent, que les comptes d'efpeces 
monnoyées 6c des matières d'or Se d'argent ont été rendus aux fleurs Lenormant 
fie Graffin , ce qui opère leurs décharges. 

On répond d'abord , qu'à l'égard de l'intérêt du Roy , le compte n'a été foldé 
qu'au moyen de la femme de 6 8 3 49 1. d'une part , qui fut remife au fieur de Petiton 
par Maillet , quoiqu'elle appartint, de l'aveu de Maillet même , à la fucceffion du 
défunt , 6c d'une autre fomme de 1 9 6 3 9 1. fournie par la Veuve , fuivant le compte 
du 4 Juin 1 7 3 8 . ce qui fait environ 8 8 000 liv. d'argent comptant, outre 1 54 marcs 
de matières d'argent, fie 9 marcs 7 onces d'or qui manquoient auffi. Quoique lé 
Roy n'aye plus rien à demander à la fucceffion , la Veuve fe plaint avec juftice 
contre les auteurs de ce vuide confidérable qu'elle a été obligée de remplir ; fi£ 
les auteurs de ce vuide ne font pas quittes ni déchargés à l'égard de la Veuve. 
Ils font coupables fur ce point d'une fpoliation manirefte. 

Mais ce vuide ne fe réduit point à cette feule fomme de 8 8 000 liv. d'efpeces. Le 
défunt devoit avoir dans fa caifTe des fommes très-confidérables qui en ont été 
fouftraites : on le démontre. 

Le Directeur de la Monnoye de Paris ne fait pas perfonnellement le change. Il 
y a dans l'Hôtel de la Monnoye un Receveur au Change en titre d'Office, 6e 
un grand nombre d'autres Changeurs, tant dans la Ville de Paris , que dans les 
> Villes voifines, dont tout le profit confifte à recevoir une grande quantité de 
matières qu'ils reportent au Receveur au Change de la Monnoye, fie celui-ci au 
Directeur pour les fondre. Le Directeur eft obligé de les recevoir, fie d'en payer la 
valeur comptant 3 fie même à l'égard du Receveur au Change de l'intérieur de la 
Monnoye, le Directeur luy avance des fonds. On trouve dans le procès verbal de 
fcellé , que pour quelques jours que le fcellé devoit durer , il fallut remettre à ce 
Receveur au change 48 000 liv. pour faire le fervice pendant ce court efpace de 
tems. Lorfque les ronds d'avance manquent à ce Receveur , il donne ces réce- 
pifles aux Particuliers fie aux Négocians qui ont apporté des matières, fie le Direc- 
teur eft contraint d'acquitter ces récepifîës. Or, perfonne n'ignore avec quelle 
abondance les matières d'or fie d'argent affluent aux Changes de la Monnoye de 
Paris. Il y a un grand nombre de Négocians, dont tout le commerce confifte à 
y fournir continuellement des matières; fie le nombre des Particuliers qui, dans 
cette Capitale du Royaume , y portent des matières , eft encore très-grand. Ainfî , 
le Directeur de la Monnoye de Paris eft abfolument forcé d'avoir dans fa Caifle de 
très-^ros fonds en efpeces. C'eft auffi delà que dérive la principale fource de fes 
gains ■. il eft de fon intérêt de fabriquer beaucoup d'efpeces , afin de multiplier 
fon bénéfice. Le Roy luy laine pour cela un certain fonds* mais les befoins con- 
tinuels de l'Etat rendent ce fonds très-peu confidérable. La principale refïburce 
d'unDire&eur, pour faire le fervice indifpenfable du Public, eft d'employer au 
payement des matières qui arrivent , tout ce qu'il a de (es propres fonds ,6e ceux 
qu'il peut tirer de fon crédit. 



s 

Maillet à l'article 136. de fon interrogatoire ; a cherché à éluder des vérités 
/i connues par un fait qui eft vray, mais auquel il donne infiniment plus d'éten- 
due qu'il n'en doit avoir. Il dit que le Directeur fait fcs billets au Public , pour re- 
tirer les matières reçues par les Changeurs , 6c qu'il retire enfui te ces billets par 
la converfïon qu'il a faite des matières en efpeces morinoyécs; de forte que, fé- 
lon Maillet, un Directeur de la Monnoye de Paris n'elt obligé d'avoir aucuns fonds 
dans fa Caille, puifqu'il fait toujours , comme on dit, de la terre le foflè. 

Cette fuppoîition eft prouvée faufle par le Procès-verbal de fcellé , puifqu'on y 
voit que pour quelques jours feulement on tira de la Caille 48000 liv. pour les re- 
mettre au Receveur au change de la Monnoye. Tous ceux qui portent à la Mon- 
noye des matières d'or & d'argent veulent avoir des efpeces ; ils ne fe contente- 
roient pas de fimples billets ; 6c fi le Directeur empruntoit de l'argent fur la place 
pour faire fes fonds, il abforberoit fon bénéfice par les intérêts onéreux de ces em- 
prunts. D'ailleurs les Accufez ont perpétuellement foutenu que jamais le défunt 
n'avoit mis fes billets fur la place. 

Mais, dit-on, ce n'eft que pour quelques jours qu'un Directeur eft obligé de 
faire fes billets, puifque fur le champ il peut faire fondre les matières 6c les con- 
vertir en efpeces. 

La réponfe fera prompte. Il faut au moins deux millions de matières pour fabri- 
quer un million d'efpeces; ï°. En fondant les matières il fecaflè toujours quelque 
creufet, ou il s'en répand quelqu'un. La matière devenue liquide s'imbibe dans les 
terres, fables, & fourneaux , d'où on ne peut les retirer qu'après de longues opé- 
rations, commeMaillet en convient à l'article 99. 1°. Quand même il n'arriveroic 
point decesaccidens, on forme des lingots & des lames de ces matières fondues 
en les verfant dans des moules de fable, 6c les têtes de ces lames demeurent inu- 
tiles 5 3 . lorfque ces lames ont été moulinées on y coupe les efpeces 6c tout ce qui 
en excède la rondeur, toutes ces cizailles font encore de refte. 4 . Pour mettre au 
poids ces efpeces coupées il faut les limer, 6c la limaille forme un nouveau déchet. 
Enfin il y a toujours une quantité d'efpeces de rebut qu'on a trop limées : la plus 
légère différence fuffit pour les faire rebuter, 6c il faut les refondre. Il n'eft donc 
pas poffible qu'un Directeur puiffe remplacer la moitié de fes avances par la con- 
verfïon qu'il tait des matières en efpeces.. 

Perfonne n'ignore que la Monnoye de Paris travaille plus elle feule que toutes 
les autres Monnoyes du Royaume enfemble. Ainfi les fonds du Directeur de Pa- 
ris doivent être extrêmement confîderables. 

Mais à cet égard qu'eft-ce qu'on a trouvé au défunt ? Rien 3 moins que rien, 
puifqu'il devoità fa Caifle. Si l'on y eût trouvé 8 8000 liv. ledéfuntauroitétéfim-» 
plement quitte avec le Roy -, mais cet équilibre auroit lailîe la Monnoye , le Pu- 
blic , le Commerce des matières d'or & d'argent, fans mouvement,dans une iétar- 
gie profonde. Il fort continuellement du Royaume de nos efpeces ; on ne les rem- 
place qu'avec les efpeces étrangères > avec les autres matières qui y rentrent, 6c 
qu'on y convertit en nos monnoyes. C'eft ce qui entretient la circulation j Ci donc 
l'état d'équilibre ôc d'impuifTance où l'on fuppofe que le Directeur eft mort eut 
duré quelque tems, bientôt la Capitale du Royaume, bientôt le refte de l'Etac 
auroient langui. 

C'eft donc une vérité notoire 5t indubitable, que le défunt Directeur ne peut 
être mort fans avoir laiffé des fonds confîderables. 

Où font-ils ? Ce n'eft pas certainement dans l'armoire à quatre battans du Bu- 
reau de la CâhTe , ni dans les autres armoires ou coffres forts,puifqu'on n'y a trou- 
vé qu'un vuide univerfel & les traces d'une dévaftation générale. C'eft donc entre 
les mains des Accufés qu'ils doivent être , ôc c'eft là que la Juftice doit les aller 
chercher. 

Autre Fait justificatif. Les Accufez difent encore que la Veuve aligné les 
deux comptes arrêtés les 1 1 Mars 6c 4 Juin 1738, l'un rendu par Maillet , l'autre 
concernant l'état de laCaiflè par rapport au Roy, ôc qu'ainfi elle a tout approuvé. 
Ce dernier compte ne comprenoit pas ce qui appartenoit au défunt ; mais, 
quoiqu'il en foit ôc de ce compte 6c de celui de Maillet , c'eft précifément la trom- 
perie faite à la veuve par ces comptes , 6c l'abus qu'on a fait de fon ignorance , 6c 
de fa confiance aveugle, qui forme la matière de l'accufation. En matière civile il 

eft 



9 

eft toujours permis, quelque arrêté qu'on ait fait, Se quelque fignature qu'on aie 
donnée, de relever les erreurs ôc obmiflions du compte arrêté* parce que, fuivant 
l'axiome commun , l'erreur ne fait pas compte. Il n'y a jamais fur cette matière de 
fin de non-recevoir à oppofer. Ainfiles Accufés employent mal-à-propos cefub- 
terfuge. La Plaignante feroit recevable à revenir par action civile contre ces arrê- 
tez , &c à plus forte raifon par action extraordinaire , à caufe de la tromperie , du 
dol, du concert de fraude, ôc de l'intérêt du Roy qui s'y trouve joint d'une ma- 
nière indivifible. 

Au furplus on va voir dans les deux articles fuivans de nouvelles preuves de 
tout ce qui vient d'être établi. 

i°. ENLEVEMENT DE PLÛSÎEURS REGISTRES. 

Dans le Procès-verbal de fcellé il eft fait mention de quinze regiftres arrêtés ôc 
paraphés concernant la direction de la Monnoye , comme ayant été trouvés au 
Bureau de la CailTe j mais dans l'inventaire on trouve feize regiftres. Cette diffé- 
rence ne peut être qu'une erreur. 

Suivant Boudonneau article 71 , il y a un regiftre principal nommé Journal qui 
comprend toute la régie de la Monnoye. Tous les autres regiftres félon lui ne font 
que des extraits ôc des dépouillemens de ce livre univerfel , â l'exception néan- 
moins [ajoute-t-U) de ceux concernans les matières d'or ôc d'argent. Mais Bou- 
donneau en impofe fur ce point, car les regiftres concernans les matières d'or ôc 
d'argent, font également des extraits ôc des dépouillemens du Journal général de 
toute la régie. 

Ce n'eft pas là néanmoins l'objet le plus important. En voicy plufieurs que l'on 
va expliquer. 

i°. Parmi tous ceux qui fe mêlent de finance & de commerce,il y a dux fortes de 

regiftres fondamentaux ■-, fçavoir, le mémorial ou regiftre brouillard, ôc le journal. 

Le mémorial, autrement dit regïjlre brouillard ou brouillon, eft le livre fur lequel 

tantôt un Commis , tantôt un autre, ôc tantôt le Maître, écrivent dans l'inftant 

& à mefure, tout ce qui fe fait , Se ce livre eft le fondement du journal. 

Le journal eft une copie fidelle ôc au net du mémorial ou brouillon 5 on écrie 
aufïîjour par jour fur le journal en recette ôcendépenfe ou en débit ôc c redit toutee 
qu'on fait. 

Ces deux livres font la bafe de tous les autres j ce font les feuls aufquels on ajoute 
foi en Juftice. Mais on conçoit aflèzque ce brouillon ou mémorial n'a de méprifa- 
ble quelenom:c'eft le véritable original, le premier dépôt des affaires du Fi- 
nancier ; ôc c'efl précifement parce qu'il eft écrit de plufieurs mains, d'un caractè- 
re négligé, rapide, &c fans étude, qu'il mérite plus defoy* 

Il yavoit au Bureau de la Caille de la Monnoye un mémorial que les Accufés 
appellent regiffre-brouillon ou minute dejournal. 

Maillet, article 149. dit que la fonction de Boudonneau étoit de rapporter fur 
le journal tout ce qui étoit écrit par luy Maillet, fur le brouillon. Boudonneau dit 
auffi article 4. qu'il reportoit fur le journal tout ce qui étoit écrit fur les brouil- 
lons avant 1 73 1 , ôc depuis ce tems ( auquel commença Tadminiflration du fleur 
de Roufiac ) fur un feul brouillon. Boudonneau ajoute article 5. qu'il a vu le feu 
fieur Renard écrire pendant quelque tems la minute du journal ( ou le brouillon) 
que l'on reportoit en fuite fur le journal , ôc que le fieur de Roufiac écrivoit furun 
feul brouillon toutes les parties de recette ôc de dépenfe concernant la Caiffe, 
lefquelles étoient portées enf uite fur le journal , ôc que luy ôc Maillet y écrivoient 
auffi quelquefois. Maillet confirme les mêmes faits aux articles 8. ôc 9. ôc Boudon- 
neau article n. finit par dire que le brouillon eft toujours refté dans le Bureau de 
la dire&ion qui eft fa place ordinaire. 

Mais cette précieufe minute du livre fondamental de toute la régie n'a point 
été comprifelous les fcellés ni dans l'inventaire j elle a été fouftraite du Bureau 
delà dire£tion,où elle avoit toujours demeuré, ôc qui étoit fa place ordinaire.de 
l'aveu de Boudonneau. 

Ce n'eft pas fans doute fans un fort grand intérêt , que l'on a ôté à la veuve la 
connoifTance d'un regiftre fi important i 6c un tel objet mériteroit bien tout feul le 
recollement ôc la confrontation, d'autant mieux que le fieur de Roufiac plus in- 

C 



IO 



terefTé que les deux Commis à la fupprefîion d'un regiftre écrit pour la plus gran- 
de partie de fa main ^ ayant été interrogé article 17y.i1 luy Roufiac ne tenok 
pas des regiftres en règle pour rendre compte à ion frère de la régie de laCaiflè 
de la Moimoye, il a repondu que les regiftres concernant laCaiiîe de la monnoye 
ont tous été tenus par les autres Commis du feu fleur Renard. Il a nié par cette re- 
ponfel'exiftence du regiftre brouillon de 1737, qui, fuivant Maillet Se Boudon- 
neau, étoit écrit en partie de leurs mains ^ Se pour la plus grande partie de la 
main du fieur de Roufîac quiavoit tenu la Caiflejufqu'au mois d'Aouft 1737. 

i°. Maillet avoue , aux art. 28. 8c 29. qu'il a toujours porté fur fon livre de Caiffe 
toutes les recettes Se dépenfes pour le compte du Roi ; il parle encore du regiftre 
deCaifîèà l'article 141. cependant aux articles 49. Se 50. il dit qu'il ne connoit 
point de livre de Caille. C'eft une contradiction manifefte. 

Quoique tous les payemens foient portés d'abord fur le regiftre-brouilloil ou 
mémorial,8e enfui te fur le journal avec tout le refte de ce qui fe paffe,il ya néceffai- 
rement des livres particuliers de Caifïè d'argent comptant en recette 6c dépenfe, 
afin que l'on puifïe connoître tout d'un coup Se à tous momens ce qui eft forti de 
laCaifîe en deniers, & ce qu'elle renferme encore. 

Il y avoit deux regiftres de Caifïe, l'un contenant là recette générale en efpe- 
ces monnoyées,8e l'autre les recettes Se dépenfes faites pour le Roy. Aucun de 
ces regiftres n'a été inventorié j ils étoient tous deux de la dernière importance. 

3 . L'on a obfervé dans leMémoire précèdent, que le fieur de Roufiac en quit- 
tant la Calife Se arrêtant le compte du i4Aouft 1737, reconnut avoir ci-devant 
tenu un regiftre qu'il nomme Sommie r, contenant des dépenfes dont il étoit débi- 
teur envers fon frère. On ne peut pas douter que Maillet n'ait eu une parfaite con- 
noifiance de ce fommier, puifque de fon aveu article 176.il a été pendant près 
de fept années toujours vis-à-vis du fieur de Roufiac dans le Bureau de la direc- 
tion. Cependant Maillet aux articles 49. & 5 o. & Boudonneau article 22. foutien- 
nent qu'ils ne connoiffent pas ce livre appelle Sommier. Un livre dont le titre èc 
Tufage font fi familiers aux Banquiers Se Financiers , Se dont l'exiftence eft prou- 
vée par écrit, eft inconnu à Maillet Se Boudonneau ! c'eft qu'ils l'ont fouftrait de 
concert avec les fieurs Renard comme contenant une créance fur le fieur de Rou- 
fiac en faveur delà fucceffiort du défunt. 

4 . Tous les anciens regiftres originaux depuis 1710 jufqu'en 1737, ont été en j 
levés. Maillet interrogé art. 9 6* où font tous les regiftres tenus depuis 1720, a ré- 
pondu que Boudonneau les avoit dans fon Bureau, 8c que luy Maillet n'en étoit 
pas refponfable. Boudonneau article 8 2. a dit qu'il n'avoit pas les regiftres tenus 
depuis 1720 , qu'il avoit feulement quelques brouillons , Se ne fçavoit pas où 
étoient les autres. D'un autre coté ces regiftres au nombre de plus de trois cent ne 
fe font pas trouvés au Bureau de la caifïe Se delà direction ni ailleurs. Ainfi voilà 
encore un enlèvement très-confidérable tant par le nombre des volumes que par 
leur importance. 

A cette occafion il eft à propos de relever un nouveau trait de mauvaife foi des 
Accufés. La Plaignante leur a fait demander Ci le défunt ne gardoit pas des dou- 
bles des regiftres qu'il remettoit en rendant fes comptes. Le fieur de Petiton arti- 
ticle 1 1 6. le fieur de Roufiac article 1 8 2 . Se les autres ont dit que le défunt ne re- 
tenoit point de doubles de fes regiftres. Cependant Maillet article 149. a ditque 
la fonction de Boudonneau étoit de copier les regiftres -, Se le même étant inter- 
rogé article 1 6. fi les comptes dûs par le Directeur étoient tirés fur des regiftres, 
a répondu que ces comptes étoient dreflés fur des regiftres cottes Se paraphés, 
dont on fourniffoit des copies aux fieurs Graffin Se Lenormant , Se que les origi- 
naux defdits regiftres reftoient entre les mains du Directeur, ce qui cû confirma 
par Boudonneau article 8 j . 

Il y avoit donc des doubles des regiftres } Se le défunt au lieu de retenir les co- 
pies, gardoit les originaux. C'eft ce que les fieurs de Petiton Se de Roufiac au- 
roient dû avouer,s'ils eufTent voulu répondre au fens manifefte des queftions qu'on 
leur a faites j mais la fouftraction de plus de trois cent regiftres dont ils fe fen- 
tent coupables , leur a fait déguifer la vérité. Un Accufé n'eft fincere que quand il 
eft innocent. 

5 °. Le S r de Roufiac depuis 1 7 3 1 , 8c Maillet depuis le mois d'Aouft 1737, ont 



II 



fait l'un Se l'autre un grand nombre de payemens pour le compte particulier du 
défunt avec lès deniers de la Caille dont ils étoient chargés. Ce fait général eft 
prouvé par écrit. La Plaignante a joint au Procès un petit regiftre écrit de lamain 
au fieur de Roufîac ; c'cft un relevé des fommes que le lîeur deRoufiac avoir ti- 
rées de la Caillé & rcmifesà la Dame Renard depuis 1-731. pour la dépenle de la 
maifon. 

On trouve âulfi dans le compte de Maillet du 2 2 Mars 173 8 , un article de 
6000 liv. tirées de la Caille pour la dépenfe de la maifon. Ainli la Caille de la Mon- 
noyé étoit le dépôt général du défunt ; par conféquent les deux Cailficrs ont dû 
avoir des regiftres particuliers concernant les affaires du défunt pour compter 
avecluy, 6c ces regiitres auroienc dûfe trouver au lieu même d'où les payemens 
fortoient, c'eft-à-dire dans le Bureau de la Caille. 

Les deux regiftres faux contiennent un grand nombre d'articles de dépenfe par- 
ticulière du défunt j par exemple , la dépenfe qu'il avoit faite pour l'entretien èc 
l'éducation de fes neveux. Boudonneau dit (art. 107.) comme on l'a vûci-deflùs, 
qu'il avoit tiré ce qui eft dans les deux nouveaux regiftres fur un regiftre brouil- 
lon ôc original, qui par conféquent auroit dû fe trouver dans la Caiffè avec les 
pièces juftifîcatives de toutes lesdépenfes particulières du défunt-.cependantMail- 
let interrogé ( art. 71 ) fi toutes les pièces juftifîcatives delà dépenfe faite pour 
le défunt , n'étoient pas dans fa Caille , a répondu qu'il ne fçavoit pas fi elles 
étoient dans fà Caille ou ailleurs, mais qu'elles étoient en fa poffèffionjréponfe 
abfurde , ôc qui dévoile parfaitement fa mauvaife foi. 

Il eft très-coupable , puifqu'ayant été le dernier Caiffier , c'eft lui qui a livré aux 
fieurs Renard toutes ces preuves de l'état de la fortune du défunt. Il eft vrai que 
Maillet a chargé Boudonneau d'avoir & des regiftres Ôc des pièces juftifîcatives. 
11 n'y a que la confrontation entr'eux qui puifle éclaircir la vérité de faits fi gra- 
ves ÔC fi importans. 

6°. Puifquc le défunt , comme on vient de le voir , tiroit de fa Caiffe la depenfè 
de fa maifon ôc celle de fes neveux , on peut croire qu'il en a auffi tiré les frais qu'il 
a faits pour obtenir les décharges des condamnations prononcées contre tous 
les Directeurs des Monnoyes des Provinces, pour les foiblages & écharcetés fur 
leur travail. Boudonneau ( art. 93.) avoue que le défunt avoit fait tous ces frais. 
Les Accufés , â la page 14. de leur premier Mémoire imprimé, ont tiré pour 
3 j mille livres , les avances faites parle défunt fout les Directeurs des Monnoyes des 
Provinces. D'un autre côté quelques Directeurs des Monnoyes des Provinces ont 
fait affigner la Veuve ôcles héritiers Renard en la Cour, pour avoir la reftitution 
de plulieurs fommes qu'ils dilènt avoir fait remettre au défunt dans l'année 1732. 
afin de payer leurs débets au fieur de Belguile. 

Voila donc une recette ôc une dépenle alîèz confiderables , puifque de l'aveu 
des Accufés, les avances dudefuntfèmontoientà 35 mille livres. Sans doute le 
défunt , qui faifoit coucher fur des regiftres la dépenfe tant de fa maifon que de fes 
neveux , y faifoit auffi porter cette autre adminiftration dont l'objet étoit plus 
grand. 

Mais Boudonneau (aux art. 93. ôc fuivans) feint d'ignorer qu'il y ait eu des 
regiftres où les avances faites par les Directeurs ayent été portées; ôc ayant en- 
fuite pris courage pour nier abfolument ce qu'il fçait le mieux, il dit avoir dreflc 
des états de ces dépenfes fur de fimples minutes écrites de la main du défunt. Ce- 
pendant il ajoute, à l'art. 99 , que le fieur de Petiton lui fit drefler en 1739. des 
états des frais faits pour les Directeurs , ôc il ne dit pas qu'il ait auffi tiré ces états de 
frais fur de fimples minutes du défunt : la raifon de ce filence de Boudonneau 
eft , que les minutes 6c les regiftres ont été également fouftraits. Il n'eft fait aucu- 
ne mention dans l'inventaire ni des minutes , ni des regiftres fur cette matière; & 
le fieur de Petiton , à l'article 9 3 de fon interrogatoire , contredit nettement 
Boudonneau , en difant qu'il n'a pas pu envoyer aux Directeurs, des états des frais, 
parce que la Veuve n'a pas voulu lui communiquer les notes de ces frais. 

De tout cela il réfulte que les héritiers Renard n'ont épargné dans le dé- 
pôt facré de la Caiffe de la Monnoye du Roi , qu'un petit nombre de regiftres 
qu'ils ont laines comme indifFerens par rapport à leur objet. Ils en ont enlevé, 
i°. la minute du journal, z°. Deux regiftres de Caiffe. 3 . Le fommier. 4 . Plus 



Il 



de 300. regiftres originaux , tenus depuis 1720. 5 Les regiftres des payemens 
faits pour les dépenfes perfonnelles du défunt, à la tête de/quels il faut mettre le 
regiflre brouillon, fur lequel Boudonneaudit avoir tiré les deux regiilres nouvelle- 
ment fabriqués. 6°. Le regiflre concernant la geftion pour les décharges des Di- 
recteurs des Monnoyes des Provinces. 7° Tous les comptes arrêtés du défunt 
depuis 1710. jufqu'en 1734. avec tous les Procès-verbaux que les Commiïlaires 
de la Monnoye dreffent le dernier Décembre de chaque année de l'état de la 
Caiiîè de la Monnoye. Enfin , les pièces juftificatives de ceux des regiftres qui con- 
tenoient quelque chofed'a&if, comme auflî toutes les pièces juftificatives du com- 
pte à rendre par le défunt, depuis le premier Janvier i737.jufqu'au 1 Mars 1732. 
dont il refte à parler. 

j°. ENLEVEMENT DES PIECES JUSTIFICATIVES 
de la dépenfe faite pour le Roy, depuis le premier Janvier 1737, 
jufquau 2 Mars i~] 3$. 

Dans tout le Bureau de la CaifTe d'une Monnoye telle que celle de Paris , il 
ne s'eft trouvé que cinq ou fix quarrés de papier. 

Pendant que l'on faifoit l'inventaire, Boudonneau a rapporté 6 j. pièces. Mais 
dans le compte du 4 Juin 1738. on trouve dix pièces concernant lesFaux-Mon- 
noyeurs , au-delà des 6 5 . ôc des cinq ou fix dont on vient de parler. 

Boudonneau (article 61.) dit, contre la vérité prouvée dans le compte du 4 
Juin, que ces pièces font partie des 65. ce qui eft démontré faux par le même 
compte : mais elles ne font pas les feules qu'on ait fouftrait. 

On a fupprimé toutes les autres pièces juftificatives des regiflres invento- 
riés. 

Sç AVOIR, 

Les récepifTés 8c referiptions dufieur Lenormant, concernant ladépenfe faite 
pour le compte du Roi, depuis le premier Janvier 1737 , jufques au 2 Mars 

1738. 

Les quittances des frais des confifeations. 

Les quittances pour loyers demaifons» 

Les ordres fuperieurs fuivis de payemens. 

Les ordonnances de M" les Commiiîàires de la Cour des Monnoyes. 

Les quittances des Ouvriers qui avoient travaillé pour le compte du Roy. 

Les récepifTés du Receveur 8c des Commis au change. 

Les quittance des droits des Officiers de la Monnoye. 

Les quittances des droits des Changeurs oc Négocians. 

L'exiftance ôc le titre des regiflres inventoriés, rendent certains J'exi/rance 6c 
la qualité de ces pièces juftificatives de la dépenfè qui ont été enlevées. 

L exeufede Maillet, dernier Caiffier, eft de dire que toutes ces pièces étoientau 
Bureau de Boudonneau où le fcellé ne fut point mis , &c que l'état de la Caiiîè par 
rapport au Roi, a été fuffifarnment conftaté par le compte du 4 Juin. 

Mais on va prouver furie premier fait, que Maillet & Boudonneau fe contre- 
difent , &c que les pièces dévoient fe trouver dans la Caifîe. 

Et fur le compte du 4 Juin, on prouvera que ce compte eft imparfait, infidè- 
le, 6c concerté pour tromper la Veuve. Enfin, on fera voir en particulier que 
les récepifTés du Receveur au Change , ont été fouftraits de la Caifîe. 

Sur le p.remier F ait. Il eft vrai qu'il n'y eut jamais de fcellé plus im- 
parfait que celui qui fut mis après la mort du dernier Directeur de la Monnoye. 
On fçait que l'Hôtel de la Monnoye appartient au Roi , ôc que Sa Majeflé y 
donne un logement convenable au Directeur, tant pour fa famille que pour fes 
Commis , fes Bureaux 8c fes Laboratoires -, ainfi le fcellé devoit être mis fur tous 
les lieux dependans de ce logement donné au Directeur ; par exemple , au Bu- 
reau de Boudonneau, à la chambre du fieur Genty, aux laboratoires énoncés 
dans l'inventaire, f°. 82-97. dans le Bureau de la CaifTe du fieur Beaumois , Re- 
ceveur au Change, toujours redevable au Directeur, C'eft la faute des héritiers 
Renard , qui ont affe&é de ne pas montrer à Meffieurs les Commiïlaires tous 
les lieux occupés par le Directeur ou fes Commis -, ils ont trompé fans doute 

ces 



1$ 

ces Meilleurs, en leur dîfanc que les endroits fcellés étoient les feuls qui compo-* 
failènt le logement du Directeur. 

Au furplus, efl - il vrai dans le fait, que toutes les pièces juftificatives , qui 
manquent à l'inventaire, fuffent dans le Bureau de Boudonneau? Ce Bureau eft 
une fort petite chambre, au deuxième étage, où Boudonneau couche, où il fer- 
re les meubles ôc où il écrit : il feroit impoilible d'y renfermer tous les regiftres 
& toutes les pièces que l'on dit qui y étoient , quand même la chambre feroit 
vuide. 

Cependant Maillet , art. 5 1 , a dit que les pièces juftificatives de la dépenfe 
faite pour le Roi , depuis le premier Janvier 1737, jufqu'au % Mars 1738, n'ont 
pas pu fe trouver fous les fcellés, parce qu'elles étoient dans le Bureau de Bou- 
donneau chargé des comptes , 6c que ces pièces font jointes au compte que le 
lîeur de Petiton a rendu. Maillet, art. 1 1 5 , a dit en particulier, que les réce- 
piffés du fieur Lenormant ne fc font pas trouvés dans la Caille, & n'ont pas été 
inventories , parce que ces recepifïés fe portoient au Bureau de Boudonneau, 
afin qu'il les mît fur le journal après que le Caiflier les avait acquittés, ôc qu'il 
enétoit de même de toutes les autres pièces de recette & de dépenfe concernant 
le compte du Roi, parce que c'en étoit le dépôt. 

Boudonneau interrogé pareillement aux articles 18-3 1, s'il étoit vrai queMail- 
let lui remit les recepiflez du Receveur au change, les ordres de M. le Contrôleur 
Général , les referiptions du fieur Lenormant ôcc. quand, 8c par les mains de qui 
il les lui faifoit remettre, a répondu, que ces pièces lui étoient remifes quelque- 
fois lefoir du même jour, ou le lendemain 5 que cela s*eft pratiqué de même, du 
tems que le feu fieur Renard 6c le fieur de Roufiac ont tenu la'CaifTe ; que Maillet 
lui envoyait ces pièces par des garçons du Bureau, ou que lui Boudonneau defeen- 
doit pour les prendre, 6c qu'il n'avoit jamais donné de reconnoiflfances pour ces 
remifes de pièces. 

Mais Boudonneau 6c Maillet fe font coupés 6c démentis fur ces remifes lorf-? 
qu'on les a interrogé en particulier fur les recepiflez du fieur Lenormant 6c fur les 
ordres de M. le Contrôleur Général. Boudonneau eft convenu article z6 , que le 
feu fieur Renard 6c le fieur de Roufiac gardoient ces pièces dans la Caille, ôc Mail- 
let article 1 1 1 a dit aufli qu'unDireclcur doit les garder avec foin dans faCaifîe.La 
contrariété eft entière à l'égard des ordres de M. le Contrôleur Général 6c des, 
recepiflez du fieur Lenormant, entre les articles xd ôc 29 de l'interrogatoire de> 
Boudonneau, ôc les articles 1 1 1 6c 1 1 5 de celui de Maillet. 

Et en efFet peut on imaginer rien de moins vrai-femblable, qu'un Caiflier char- 
gé de deniers Se fonds Royaux fe défaififle ( même fans reconnoiffance ) de tout 
ce qui fait /à décharge 6c fa fureté? Pourquoi s'en feroir-il défaifi? A chaque paye- 
ment fait par Maillet, ce Cailfier de fon aveu ( article 149 ) écrivoit l'article fur 
le regiftre brouillon ou minute du Journal. Il lui fuffifoit donc de remettre tous 
les loirs ou tous les famedis cette minute du Journal. Les pièces étoient inutiles à 
cecopifte tant pour écrire le Journal que pour dreffer les comptes du Directeur, 
puifque de l'aveu de Boudonneau ( article 1 6 ) il drefïoit les comptes fur les regif- 
tres feulement : aulieu que ces mêmes pièces étoient d'une extrême conféquence 
pour le Caiflier qui auroit pu être ruiné par la perte d'une feule. Cependant on 
veut que ce Cailfier ait envoyé à mefure toutes les pièces à un copifte , par un gar- 
çon de Bureau , 6c même fans exiger de ce copifte aucune reconnoiffance -, quoi- 
qu'il dût les garder pendant toute l'année. Laluppolîtion eft incroyable 6c ahfur- 
de-, 6c ce défaut abfolu de vraifemblance ne permet pas de douter que Maillet ôc 
Boudonneau, en fe contredifant eux-mêmes, n'ayent parlé vrai lorfqu'ils ont die 
aux articles 1 1 1 ôc z6 de leurs interrogatoires, que les recepiflez du fieur Lenor- 
mant 6c autres pièces demeuroient dans la Caille 

Mais quand même on voudroit fuppofer que Maillet eût remis les pièces à Bou- 
donneau fans reconnoilîance , Boudonneau s'eft reconnu obligé de rapporter,lors 
de l'inventaire, 65 de ces pièces comme devant rentrer dans la caiffe. Pourquoi 
n'a-t-il pas rapporté aufli toutes les autres pièces? Elles étoient également des 
effets de laCaiile,puifqu'elles juftifioient les payemens fortis de la Caiffe. Ainfi la 
perfonne du coupable feroit feulement changée. Au lieu de Maillet on trouveroit 
Boudonneau } 6c c'eft toujours un efprit de fraude qui a fait receler des pièces d'il- 



»4 
»e fi grande importance, ce qui fuffitpour ordonner Ja confrontation de ces Ac- 

cufez. 

Sur le second fait, touchant le compte du 4 Juin 1738, par lequel on pré- 
tend que l'état de la caillé a été conftaté par rapport au Roi , loin que ce compte 
juftifie les Accufés d'avoir fouftrait des pièces, il achevé de les en convaincre, 6c 
il les charge encore d'une tromperie odieufe faite à la Veuve. 

i°. De Faveu de tous les Acculez, les comptes de la Monnoye fe rendent exac- 
tement toutes les années. Ainfi le 2 Mars 1 7 3 8 , il ne pouvoir être queftion que de 
rendre compte de l'année entière 17 37,6c des deux premiers mois i73 8jcepen- 
danton voit dans la dépenfe du compte du 4 Juin,avant ce qui concerne les lleurs 
de la Rue, de Launay , Gagny ôc Beaumois, pour plus de 44000 liv. d'articles 
d'une date antérieure à l'année 1737 , tandis que les autres articles de la dé- 
penfe pour cette année là & pour les deux premiers mois 1 7 3 8 , ne fe montent qu'à 
4(314 liv. 

S ç a v o 1 r , 
AufieurPirlot, Commis, depuis le 2 Juillet 1737. jufqu'au 22 
Février 1738. cy ..... , 760 1. 

A un autre Commis du 3 1 Janvier & du 2 8 Février 1 73 8. cy 1 84 

A un autre , mêmes dates , cy ... . 200 

A un autre, du 18 Avril 1737. au 1" Mars 1738. cy 930 

A un Maçon, du 7 Mars au 19 Décembre 1737. cy 2400 

Au Suifîé, du 3 1 Janvier au 28 Février 1738. cy 100 

Au Ballayeur, mêmes dates, cy ... . . 40 

4614 1. 

Boudonneau, article 6 3, dit que les payemens antérieurs à l'année 1737. n'a- 
voient pas pu entrer dans les comptes précédens, parce qu'on n'avoit pas rapporté 
des décharges fuffifantes : mais le contraire paroît prouvé par le compte du4juin, 
puifque les quittances font datées fur chaque article j 6c a l'égard des payemens 
faits depuis le i cr Janvier 173 1 , eft-il croyable qu'ils ne fe foient montés qu'à la 
modique fomme de 46 14 livres ? 

Boudonneau interrogé article 48. pourquoy , luy qui a dreilé de fon aveu 
(article 3 7.) le compte du 4 Juin, n'y avoit pas compris tous les payemens faits 
fur des ordres fuperieurs , fur des Ordonnances, pour les droits des Officiers de 
la Monnoye, des Changeurs, Négocians, garçons de Bureau, & autres, de mê- 
me que tous les recepiflés tant du heur Lenormant, que du fleur de Beaumois, 
Receveur au Change, a répondu qu'il n'eft pas furprenant qu'il ne ioic entré 
dans ce compte du 4 Juin que les fommes qui y font énoncées, Je/urpluseranc 
entré dans les comptes de régie & de caille. 

Ce compte de la régie n'elt pas fans doute plus fort quant à la recette, que 
celuy du 4 Juin, dont la recette confifte en 469741 H v . d'une part , dont le 
Sr de Petiton a fourni à la Veuve & aux héritiers Renard fon recepiiîé compta- 
ble au fieur Lenormant, 6c 72270 liv. d'autre, dont on prétend que le défaut 
avoit reçu les fonds pour le Roy. Mais la dépenfe n'y eft pas la même , puiique 
de l'aveu de Boudonneau il a compris, de concert avec les héritiers Renard, 
dans la dépenfe du compte de régie, un plus grand nombre de décharges qu'il 
n'y en a dans le compte du 4 Juin. Ce compte eft donc imparfait 6c infidèle. Les 
Accufés ont fait ufage vis-à-vis du Roy d'un nombre de décharges qu'ils ont fouf- 
traites 6c cachées à la Veuve , 6c c'en: une fraude infîgne. 

Aufli Maillet, à qui ce compte a été reprefenté article 102. n'a point voulu 
le reconnoître. Ce Caiffier, quoique parfaitement inftruit des payemens que lui- 
même avoit faits depuis un an , s'eft renfermé à dire ( aux art. 104. 109. 131.) 
qu'il ne fçavoit rien ; 6c il a perfïfté dans cette réponfe pleine de mauvaife foy 
fur les faits qui luy étoient les plus perionnels,dans la crainte de trahir fes com- 
plices en mentant différemment. 

Autre enlèvement. Boudonneau interrogé art. 61. fi c'étoit luy qui avoir 
compté avec le fieur de Beaumois, Receveur au Change, des fommes que le défunt 
luy avoit fait remettre par Maillet fur fes recepiiïés, a répondu que c 'eft lefieut 



4e Petiton, comme titulaire, qui a, compté avec le fieur de Beaumois , ér qui a remis au- 
dit [ieur de Beaumois tous f es nceptjjés. 

Pour entendre cette réponfe, il faut voir celle de Maillet, art: 141. où il dit, 
qu'il donnait des fommes au fieur de B eau mois fur fes rècepijfès , de même que le fieur 
Beaumots donnait des matières a luy Caijfier fur les Jiens. Maillet ajoute pour la dé- 
charge, (art. 144.) qu'il avoit envoyé les récepifies du fieur Beaumois au dépôt 
deBoudonneau,mais Boudonneau n'en convient pas j il dit fîmplement que c'eft 
Je /leur Petiton qui a compté avec le fieur de Beaumois, &: qui luya remis tous fes 
récephTés. C'eft un fait à éclaircir dans la confrontation entre Maillet Se Bou- 
donneau ; car enfin l'un des deux eft coupable de la fouftracrion de ces récepif- 
fés 5 Boudonneau, fi, les ayant eus de Maillet, il ne les a pas rapportés avec les 
6<j pièces qu'il a remifes, lors de l'Inventaire, comme devant rentrer dans la 
Caifie, puifque les récepifies du fieur de Beaumois dévoient y rentrer aufli; Se 
Maillet, fi c'eft luy qui a fouftrait ces mêmes récepifies avant que le fcellé fut 
mis au Bureau de JaCaific. 

Quoi qu'il en foit , le fieur de Petiton a eu de Maillet ou de Boudonneau les ré- 
cephTés non inventoriés du fieur de Beaumois, & il a compté feul avec luy à l'in- 
fçu de la Veuve, qui avoit un fi grand intérêt à ce compte précieux, tout compofé 
d'efpeces en recette, Se de matières d'or &c d'argent en dépenfe par rapport au 
fieur de Beaumois -, c'eft une fraude manifefte. On a rapporté à la vérité dans le 
compte du 4 Juin le prétendu reliqua de 5 7 5 liv. dû par le fieur de Beaumois , Se 
paye au fieur de Petiton 5 mais la Veuve n'a pas vu ce compte, qui n'a pas même 
été daté. Elle y auroit vu du moins la quantité de matières d'or Se d'argent 
que Je fieur de Beaumois avoit données en écliange des efpeces , Se qui au- 
roient dû fe trouver dans la Caifie ; mais on n'a pas voulu que la Veuve eût de 
ces lumières. 

Telle eft l'énorme fpoliation qui a été faite avant le fcellé dans Je dépôt fàcré 
de la Monnoye du Roy > deux plateaux pleins d'or, d'autres matières d'or Se d'ar- 
gent , des elpcces monnoyées , un tres-grand nombre de regiftres , furtout les re- 
giftres-brouulons,6c autres qui contenoient des payemens faits pour le défunt per- 
lonnellement, enfin un prodigieux nombre de pièces de la dépenfe faite pour le 
Roy depuis le premier Janvier 1737 j Se tout cela fe trouve accompagné de cir- 
confiances de fraude manifefte dans les comptes des 1 1 Mars & 4 Juin 1738, Se 
dans le compte arrêté à l'infçu de la Veuve avec le fieur de Beaumois : la fraude 
éclate encore par la fuppreifion des regiftres, & furtout par Ja fabrication des 
regiftres faux. 

Ce font Jeslnterrogaroircs de Maillet & de Boudonneau qui ont Je plus fervi à 
étendre les connoifïànces de Ja Veuve fur les enlevemens faits à Ja Caifie de JaMon- 
noye, Se c'eft ainfi que Ja lumière Se Ja conviction augmentent à mefure que la 
procédure fe perfectionne Se s'avance. Quelle fource de nouvelles connoifïànces 
ne trouvera-t-on pas dans les recollemens Scies confrontations Jorfqu'ils feront 
faits? Se peut-on imaginer une matière qui l'exige plus indifpenfablement, que 
des enlevemens faits dans Ja Caifie même de Ja Monnoye du Roy ? 
On finit ce chef par une obfervation importante. 

Les Accufés fe juftifient des enlevemens faits aux cabinets du défunt , en difant 
que c'eft la Veuve qui leur en remit les clefs dans ce defifein. Ils n'ont pas ofé dire 
la même faufleté aufujet des enlevemens faits au Bureau delà Caifie, parce que 
Maillet Se Boudonneau étoient convenus dès le commencement que la Veuve 
étoitabfente, Se qu'elle n'en fçavoitrien.ceque Maillet a confirmé aux art. 38.Sc 
3 9. de fon Interrogatoire. 

Il y a donc ici une difcuflîon de moins que dans les autres fouftraétions dont 
il refte à traiter. 

TROISIEME CRIME. 

Spoliation ge'nerale de la Succession du de'funt accompagne'e de 

circonstances tre's-graves. 

Pour toute réponfe aux difeours peu fîneeres des A ceufes fur l'état de Ja fortune 
du défunt , ÔC à ces paradoxes étonnans , que le défunt ètoit un homme épuifé precifé* 



fnentpour avoir trop prête, (a) & quilfe trouva* fa mort un riche des plus mal ai fis ; (b) 
on employé les mêmes preuves par témoins & par écrit, & les même faits mr les- 
quels la Dame Renard a folidement établi la vérité dans Ton premier Mémoire 
imprimé. 

On négligera même de relever plufieurs traits de m au varie foy femés dans la 
réponfe des Acculés , parce qu'il n'cft pas encore tems défaire ufage de la preuve 
par écrit & par commune renommée pour conffater la valeur de ce qui manque 
dans la fuccellion du défunt. Cette affaire exige tant de difcuMîons actuellement 
nécefTaires, qu'on fe fait un devoir de renvoyer à leur tems toutes celles qui ne le 
font pas. 

Le prétend» confentement de la Veuve à l'enlèvement des effets du cabinet offre 
dèsàpréfent un objet plus convenable à eclaircir. 

Les Accufés difent a la page 7. de leur premier Mémoire imprimé que « le Di- 
11 manche 2 Mars 171 8.1e fieur Renard du Tafta étoit fortifurlemidy pour aller 
-» entendre laMellè, et qu'une grande partie de la famille étoit ailèmblée chez lui 
■» comme à l'ordinaire 5 que le fieur duTafta revint, mais qu'au lieu de monter chez 
>3 luy. . . il traverfa la Monnoye &c fe rendit chez la Dame de Tilly ; qu'à peine il fut 
33 arrivé dans l'appartement, qu'il perdit connoiiîance & tomba f râpé de mort fu- 
'» bitement ; que le S r Renard Ion neveu, qui s'étoit auflî trouvé chez la Dame Til- 
53 ly, s'efForçoit de lui donner du fecours, pendant qu'une des Demoilelles Tiliv 
53 vint répandre l'allarme à la Monnoye. . . nous accourûmes tous avec activité, 
•33 (ajoutent-ils) Un Chirurgien tenta inutilement de lefaigner ; le fieur Habert 
»3 Apoticaireluy mit dans la bouche quelques felsavec aulîi peu de fuccès j on Je- 
33 mit donc fur un lit . .. nous ne lailîames auprès du corps qu'un domcfliquc . . no- 
33 tre premier loin fut de nous rendre auprès de la Dame Renard... nous la ren- 
33 contrâmes dans la cour de la Monnoye qui voloit au fecours de Ion mari ; elle 
33 étoit fuivie de notre frère de la Chambre des Comptes qui avoit été déjà chez 
33 elle pour la préparer à la fâcheufe nouvelle. . . elle ht un vive exclamation £c re- 
>j tourna dans ion appartement, Sec. 

Lefieur Genty , à l'art. 17. bis de fon Interrogatoire , après avoir raconté ces 
derniers faits, dit de plus , que tout celas'eft pajfe en moins d'une demi heure de tems , 
après avoir dit (article 13.) que le fieur duTafta étoit mort fubitement fur l'heure 
de midy. 

Il étoit donc midy 6c demi lorfque la Plaignante devenue certaine de la mon- 
de fon mary , fe retira dans fon appartement dont les viles étoient fur la rue de la 
Monnoye. 

33 Après les premiers momens de la douleur (continuent les Accules, pag. 8. de 
leur Mémoire ) 33 nous crûmes devoir aller annoncer nous-mêmes la mort de notre 
»3 frère au fieur Grafiîn, Directeur Général des Monnoyes ... il étoit déjà inftruic 
♦3 de notre malheur, &c. 

*» Pendant que nous étions chez le fieur Grafiîn , une amie de la Dame Renard, 
33 qu'elle a affecté de ne point faire entendre en dépofition, luy fit entendre que 
33 dans les circonftances où elle étoit, la prudence exigeoit qu'on prît des arran- 
«gemenspour ne pas laifiér expofé au yeux du Public mille chofes qui ne de- 
33 voient pas tranfpirer. . . la Dame Renard luy fît réponfe qu'elle ne demandoit 
33 pas mieux. Nous rencontrâmes ( en revenant de chez le fieur Graifin ) un de nos 

33 amis qui avoit été député vers nous pour nous avertir que nous avions deju- 

33 lies mefures à garder, & que laperfonne qu'il envoyoit nous prioit infirammenc 
)3 de ne point laifier paroître fous les fcellés un billet d'une fomme afiez confidéra- 
»3 ble ( de 97000 liv. ) qu'il devoir à notre frère, Sec. 

33 On avoit envoyé pendant le cours de notre vifite au fieur Grafiîn , le fieur Pin 
33 un de nos coufins , pour chercher les clefs du cabinet de notre frère. Le dôme- 
J3 meftique qui étoit refté auprès du corps , remit au fieur Pin & au fieur Tillet no- 
33 tre neveu qui l'accompagnoit, les clefs du cabinet , deux bagues, &cc. Le tout 
33 fut remis à la Dame Renard par le fieur Pin. . . Cette Veuve partagea l'argent en 
>sdeux parties, elle en remit moitié au fieur Tillet, & l'autre au fieur Renard de 

(a) Page 17. S. 1. de leur fécond Mémoire, (b) Page 1 5. §. 4. ibid. 

»» la 



17 
m la Chambre des Comptes. La Dame Renard munie des clefs du cabinet , les re- 
«mit en préfence de toute la famille au fieur Renard de la Chambre des Com- 
» ptes , en leur difant , mes enfans faites pour le mieux. . . Le cabinet fut ouvert en 
» préfence d'une grande partie de la famille, & on y entra pour chercher les pa- 
« piers qu'on étoit convenu de mettre à part. Les fieurs Guyort , Maillet & Bou- 
»j donneau y entrèrent avec nous ... la Dame Renard vint plufieurs fois dans leca- 
*> binet même & dans la falle voifine . . . nous ne trouvâmes pas dans la minute les 
«papiers que nous étions convenus de mettre à l'écart. Outre le billet qui nous 
s> étoit fingulierement recommandé , il yen avoit encore d'autres qui exigeoient 
« de notre part des précautions infinies : on décida donc qu'il feroit plus fur de 
«fequeftrcr en bloc tout ce qui méritoit attention, fauf à rapporter ce qui pour- 
»roit s'inventorier «à mefure qu'on lèverait les fcellés. Cette propofition fut uni- 
«verfellement agréée, & la Dame Renard qui étoit préfénte, y donna fon appro- 
bation, en difant à fa Femme de chambre: Donjon, donnez à ces Meilleurs des 
» ferviettes dont ils ont befoin. Donjon exécuta fa commifîion , êe à l'inftant les 
■» papiers furent mis dans des ferviettes, 8c tranfportés dans la chambre du fieur 
i> Renard de la Chambre des Comptes par les neveux du défunt, &c. 

«Nous étions encore occupés à la viiîte des papiers , lorfque la Dame Renard 
» nous amena dans le cabinet M c Bafly Procureur en la Cour : elle l'avoit en- 
« voyé avertir par le fieur Tillet. .. elle lui recommanda fes intérêts , &c nous 
«avertit de prendre garde qu'on ne laifTât tomber quelques papiers en chemin ; 
«enfuite elle fut rejoindre la compagnie dans fon appartement. Lavifite & le 
» tranfport des papiers furent achevés en préfence de M c Bafly. Lorfque notre re- 
>s cherche fut finie , on referma la porte du cabinet ... Le fieur Renard de la Cham- 
« bre des Comptes en prit les clefs, £c les porta à la Dame Renard qui les luy avoir 
» remifesj clic les reçut avec des difeours tendres & obligeans. 

Les faits de conféntement que l'on vient de tranferire fur le faux expofé des Ac- 
eufez, fe réduifent à ceux-ci. 

i°. On avoit envoyé chercher les clefs par le fieur Pin qui les remit à la Dame 
Renard, &. celle-ci les remit au fieur Genty. 

2. . La Dame Renard vint plufieurs fois dans le cabinet -, elle confentit qu'on 
enlevât tous les papiers , Se donna ordre à fa femme de charge de donner pour ce- 
la des ferviettes. 

3°. La Veuve amena M c Bafly dans le cabinet, & avertit qu'on prît garde de 
]aif7cr tomber des papiers en chemin : la vifite & le tranfport en furent faits en 
préfence de M c Bafly. 

4°. Tout étant fait, le fieur Genty reporta les clefs à la Veuve qui les reçutavec 
des difeours tendres Se obligeans. 

Sur le premier fait on obférve d'abord que, fuivant I'expofé même des Accufez, 
tous les frères Renard n'étoient point allez chez le fieur Graflin. Le fieur Genty 
étoit demeuré dans la maifon , puifque ce fut à lui, de l'aveu des Accufez, que la 
Veuve remit une partie des effets qu'o» avoit envoyé retirer des poches du défunt 
avec les clefs , pendant la durée de la vifite faite au fieur Grafîïn. Or , cela pofé, il 
eftaifé d'entendre cette expreffion vague 8t affectée que les Accufez ont exacte- 
ment répétée dans les deux Faclums : On envoya, chercher les clefs du cabinet. Cet on, 
n'cfl pas la Dame Renard -, les Accufez n'auraient pas manqué de la nommer dans 
les deux Mémoires,!! c'étoit d'elle qu'ils euffent entendu parler. C'efr. donc au fieur 
Genty, qui fuivant les difeours des Accufés étoit demeuré dans la maifon pen- 
dant la vifite faite au fieur Graflin , qu'il faut appliquer ces mots , on envoya cher- 
cher les clefs du cabinet. Le fieur de Roufiac eft. le feul qui ait ofé dire à l'article 9 1 
de fon interrogatoire , que c'étoit la Dame Renard qui avoit envoyé chercher les 
clefs. Les fieurs Genty art. 1 8. Marc-Antoine Renard art. 1 5 . &t Renard Boflèux 
art. 1 6. ont mieux aimé feindre de l'ignorance fur ce point, ou n'attribuer le fait à 
la Dame Renard que fur des oui-dire. On eft perfuade que ni les femmes des Ac- 
cufez, ni leurs neveux , ni ceux-mêmes qui font à leurs gages ou à leurs appointe- 
mens, n'ont pas ofé imputerxe fait à la Dame Renard. 

Il eft vrai que les Accufez infinuent,quoique d'une façon ambiguë & timide,que 
la Veuve étoit déjà dans les mêmes difpofitions d'efprit. Ils difent qu'une de (es 
amies, qu'elle a affecté ne ne pas faire affigner en dépofition , lui avoit infpiré des 

JE 



i8 
penfées qui rendoient à ce but, &que la Veuve lui avoît répondu qu'elle ne de- 
mandoit pas mieux. Mais la Dame Renard aflure que cette prétendue réponfe eft 
abfolument faufTe, &c que le difcours qu'on fait tenir à cette amie n'eft pas plus 
vrai. 

Les Accufés ajoutent que ce fut le fleur Pin qu'on députa pour aller chercher les 
clefs; mais Louis Hurteau doit avoir dit que ce fut le fleur Tiilet qui vint les lui 
demander, &: le fleur Tiilet doit avoir confirmé le même fait, fans avoir parlé ni 
l'un ni l'autre du fleur Pin. 

Enfin c'efr. une allégation également faufle & fans preuve, que le fleur Pin ait 
porté les clefs à la Veuve, & que celle-ci les ait remifes au fleur Genty en l'exci- 
tant à tout enlever de fon mieux. Les circonftances qu'on expliquera fur les au- 
tres faits confirmeront bientôt la vérité de la dénégation que tait ici la Dame 
Renard. 

Sur le second et le troisième faits , le fleur Genty , le fieur Petiton , M e 
Bafly 8c le fleur Tiilet établirent des circonftances qui font abfolument incompa- 
tibles avec les allégations des Accufez, & qui en démontrent la faufîeté. 

Le fleur Genty art. 1 5 de fon interrogatoire dit : au fur flus cet enlèvement de pa- 
piers etoit fini avant deux heures : article 47 , cette opération a fini h deux heures après 
midy. art. 5 1 , le tranfport des papiers étoit fini des deux heures. Voila une première 
circonftance qui eft certaine. 

En voici d'autres également confiantes ôc qui font décifîves. AufMtôt que la Da- 
me Renard vit fes beaux-freres dans le cabinet , elle envoya chercher M c Bafly 
pour veiller à ce qui s'y paifoit , ôc il étoit environ trois heures après midy lorfque 
M e Bafly fut mandé ; donc l'enlèvement étoit déjà confommé fans le confente- 
ment de la Veuve. 

Le fleur Petiton interrogé art. %6. S'il n'eft pas vrai que Me Bafly Procureur, a dit 
a luy répondant , que la veuve Renard l'avoit envoyé chercher fur le champ par le fie ut 
"Tiilet , & fi Me Bafly ne lui a pas dit que la Veuve avoit été extrêmement fut prife que 
les fieurs Renard fufj'ent entrés dans le cabinet à fon infçû , & qu'elle l'avoit prie' de 
voir ce qui s'y pafjoit , elle n'étant pas au fait des affaires ; a répondu qu'il ejl vrai 
qu'on a dit k lui répondant , que la veuve Renard avoit envoyé chercher Me Bafiy fur le 
champ, & qu'elle lui avoit dit : Vous me voyez, dans une trifte fituation. Vous avez,tou- 
jours été le confeil de mon Mary ; je vous prie d'être le mien, ne f cachant point les affai- 
res. Mes frères font dans le cabinet pour retirer quelque papier : je vous prie d'aller 
avec eux,& conditifez.-nous dans ce que nous avons à faire ; ce qui a été confirmé audit 
répondant par Me Bafy. 

En effet , M c Bafly , quoiqu'attaché aux Accufés , dont il eft le Procureur con- 
tre la Veuve, doit avoir dit au moins cette vérité: Que le jour du décès du feu 
fleur Renard, la Dame fa Veuve envoya fur les trois heures Je /leur Tiilet chez 
luy dépofant, pour luy faire part de cet accident, & luy demander de s'y tranf- 
porter 5 qu'il y alla fur le champ , & trouva la Dame Renard dans une chambre 
ayant vue fur la rue de la Monnoye ; qu'elle dit à luy dépofant ,que les fleurs 
Renard étoient dans le cabinet du défunt à examiner des papiers , et qu'elle de- 
manda à luy dépofant d'y aller, & voir ce qui s'y pafToit. 

Le fieur Tiilet doit avoit ditaufîi qu'il fut chercher M c Bafly , en ayant été re- 
quis par la Dame Renard , & qu'il amena avec luy ce Procureur. 

Reprenons maintenant les circonftances quiréfultentde ces témoignages. 
i°. L'enlèvement étoit fini dès deux heures après midy, ôemême auparavant 
(le fieur Genty en convient ) Se il étoit trois heures ( de l'aveu de M e Baily ) lors- 
que la Veuve envoya chercher ce Procureur. Donc l'enlèvement étoit confom- 
mé , lorfque M c Baily fut mandé. 

i°. Aufîi tôt que la Veuve apperçut fes beaux-freres dans le cabinet, elle en j 
voya chercher fur le champ M e Bafly, pour veiller à ce qui s'y paifoit; le fieur 
de Petiton convient que ce fut fur le champ ; donc elle ne fçut que fes beaux- 
freres étaient dans le cabinet, qu'au moment qu'elle les y apperçut ;& puifquey#r 
le champ elle envoya chercher M e Bafly, elle n'avoit pas confenti que fes beaux- 
freres enlevafïent , avant l'arrivée de M c Bafly , les papiers du cabinet. 

3 . Le fieur de Petiton fait dire lui-même à la Veuve , d'après M e Bafly &c d'au- 
tres, dont il rapporte le témoignage , que les fieurs Renard étoient dans le cabi- 



19 
net pour retirer quelque papier feulement; ainfi les héritiers Renard qui avoient 
déjà fait à deux heures l'enlèvement général de tous les papiers du cabinet , men- 
tirent à la Veuve. i°. En luydiïant qu'ils vouloient en oter quelque papier feule- 
ment. 2°. En Juy diffimulant que ces papiers étoient déjà ôtés 5 ce qui démontre ôc 
l'ignorance où la Veuve étoit, & l'efpritde fraude avec lequel ces héritiers agif- 
foient, puifqu'ils eurent recours au menfonge. Ces trois circonftances fuffifent 
pour faire connoître avec certitude le défaut du confentement de la Veuve. Il 
n'eu, pas pofiîble de porter plus loin la preuve d'un fait négatif. 

Oh ajoutera feulement, que la Donjon, femme de charge , à qui l'on prétend 
que la Veuve elle-même ordonna de fournir des ferviettes aux iîeurs Renard , 
pour emporter les papiers, doit avoir défigné dans fa dépoiition celuyqui vint 
en efïèt luy demander du linge d'extraordinaire; fie Jofeph Vibert doit avoir dé- 
pofé que ce fut luy qui alla demander ce linge à la cuihne, par ordre du iîeur 
Marc-Antoine Renard. Ces deux Témoins font les 16. Se 20. de ceux que la 
Veuve a fait affigner pour dépofer dans l'Information. 

Enfin, les Accufés difent encore contre la vérité , que l'enlèvement étant fini, 
le fieur Genty reporta les clefs du cabinet à la Veuve, qui les reçut avec des 
difeours tendres Se obligeans. 

La Dame Renard eft perfuadée , que la Dame Renard BofTeux , époufe d'un 
des Accufés , Se qui eft le 1 4 e des Témoins que la Plaignante a fait affigner pour 
l'information , aura dépofé que pendant qu'elle étoit dans la chambre de la Veuve, 
plufieurs heures après la mort du fieur du Tafta , le fieur Genty porta les clefs 
du défunt , Se les voulut remettre à fa Veuve ; mais que celle-ci les refufa , en 
difant, qu'elle ne les vouloit point, Se que puifqu'il les avoit,il n'avoit qu'à les 
garder. 

La Dame Renard compte aufh* que la Dame de Roufiac aura dépofé du même 
refus. Elle eft le 29 e des Témoins aflignés pour l'information. 

Si la Dame Renard avoit remis les clefs au fieur Genty , comme on le dît 
fans aucune preuve , auroit-elle refufé de les reprendre ? 

Toute perfonne de bon fens avouera, que la circonftance de ce refus achevé 
la démonftration ,Se qu'elle y ajoute le plus haut degré de lumière & d'évidence, 
dont une certitude morale foit fufceptible. 

Mais , dit-on , il eft prouvé par écrit que la Veuve a confenti à l'enlevemenr. 
Les Accufés rapportent deux écrits du 1 1 Août 1738, dont le premier porte: 
Nous fouffignés retonnoijjbns avoir remis entre les mains de Madame Renard , les titres 
& billets dont la note eft ci-dejjits , enfemble plufieurs liajjes de papiers , que nous n'a* 
nions pas jugé à propos de faire inventorier , comme inutiles ,ejr dont nous nous réfervons 
à faire l'examen, dans lefquels il y a trois regiftres, dont deux concernans la dépenfe de 
la maifon, ejr le troiftéme la dépenfe de la Monnaye , que moi, Veuve Renard, reconnois 
Avoir en ma pojfejjîon ; fait double , &c. 

Le fécond porte : Nous foujfîgnés fommes convenus , que pour des raifons particuliè- 
res communes entre nous , nous avons efiimé ne devoir pas faire inventorier les effets, 
dont la note eft ci- de ff us , montant à la fomme de 32 ps6? livres 1 s fols , lefquels ont été 
remis entre les mains de Madame Renard , pour le produit être joint à la maffe , & partagé 
ainfi qu'il conviendra ; fait double , &c. 

Quand même il feroit vrai que la Dame Renard eût confenti dès le com- 
mencement à la fouftraclion des papiers énoncés dans ces deux états , il eft vi- 
fible que ce confentement ne peut être appliqué aux chofes dont ces états ne 
parlent point, 6c qui cependant fe trouvent manquer à l'inventaire. Les recon- 
noifîànces que l'on vient de tranferire , ont un rapport déterminé , fixe , certain 
& limité aux titres, billets Se effets feulement, dont la note eftau-deilus. Elles 
ne peuvent donc être étendues ni aux regiftres non inventoriés, ni à ce prodi- 
gieux nombre de pièces , ni à tous ces effets , efpeces 8e matières , que l'on a 
prouvé ci-devant qui manquent à l'inventaire. 

Mais, dans la vérité , l'enlèvement du billet même de 97 mille livres & de 
tous les autres papiers , fut fait & confommé à deux heures après midi , le jour 
de la mort du défunt , fans que la Veuve en eût rien fç.u ; elle n'apprit que (es 
beau-freres étoient dans le cabinet , que parce qu'étant fortie de ion apparte- 
ment , fur les deux heures 8c demie , elle les vit dans ce cabinet. Ils lui dirent 



pour cxcufe qu'ils étoient là pour retirer le billet de 97 mille livres. Auflî-tôc 
elle envoya chercher fon Procureur, pour être préfent à cette recherche, & y 
veiller à fes intérêts. Enfuite elle refufa de prendre les clefs du cabinet que le 
fïeur Genty vouloit lui remettre ; tout cela eft clairement démontré. 

Si donc elle voulut bien approuver encore , & après coup, l'enlèvement de 
quelques autres papiers, outre le billet de 97 mille livres , ce fut par pure com- 
plaifance ; &c parce que cette approbation , étant limitée aux effets rapportés, ne 
pouvoit lui préjudicier par rapport à ceux qui ne Pétoient pas. 

Enfin, l'efprit de fraude & de tromperie éclate dans ces mêmes reconnoifïàn- 
ces , dont les Accufés tachent de fe fervir contre la Veuve -, puifque parmi les pa- 
piers qui furent remis pour lors à la Plaignante , les Accufés gliflerent deux re- 
giftres faux , ôt qui certainement feront jugés tels par les Experts. Des écries 
marqués à ce caractère font, pour des Accufés, un fort mauvais rempart. 

Il doit donc demeurer pour certain que la Veuve n'a point confènti aux en- 
levemens dont elle fe plaint aujourd'hui: furquoi il ne faut pas oublier que les 
Accufés eux-mêmes ne prétendent pas qu'elle ait confènti aux cnlevemens fa.its 
à la Caille delà Monnoye du Roi ■■> ce qui fuffiroit à la Plaignante & au Minifte- 
re public, pour fuivre à toute rigueur le Procès. Mais elle n'a pas même con- 
fènti à l'enlèvement gênerai deseftets du cabinet du défunt ; c'eft après avoir éta- 
bli ce point fondamental, que l'on palTe avec plus de confiance au détail de tous ce: 
cnlevemens. 

ARTICLES l II. ET ÎII. N°. r. et 1. 

Diamans. 

Cendres, Terres, Litarges & Creufets. ' 3 

Effets de Caiffe, 

Titres de créance & d'intérêts en différentes Sociétés. 

On a fi peu de chofe à ajouter à ce que la Plaignante a dit dans fon prcmieif 
Mémoire fur ces differens articles , qu'on croit devoir les rafTemblcr ici fous un 
ièul titre. 

Diamans. Comme l'enlèvement du regiftre du commerce que le défunt 
faifoit en diamahs , eft l'objet principal de ce chef, les Accufés ( page 7. ) en con- 
venant, fur le témoignage des fieur & damePierre,que le défunt avoir eu en 1712. 
un livre couvert de parchemin , touchant ce commerce , ajoutent que le défunt peut 
l'avoir jette au feu avant fa mort; Se que fi fon exiftanec, au tems delà mort du 
défunt, n'eft pas prouvée, la plainte de la Veuve fur ce chef tombe d'elle- 
même. 

Le fieur Pierre doit avoir dit non-feulement que ce regiftre ctoic un livre en 
quarré, couvert de parchemin, de la grandeur d'un in-quarto , Se que lui-même 
y avoit une fois arrêté fon compte 5 mais encore que le défunt 8c lui avoient par- 
tagé en 1 73 6. les diamans qui leur reftoient en commun, dequoi ils s'étoient don- 
nés une décharge refpe&ive par écrit. 

Puifque ce regiftre contenoit les opérations de la focieté d'entre le défunt & le 
fieur Pierre, ôc que cette focieté n'a fini qu'en 173 6. il s'enfuit que le regiftre donc 
il s'agit exiftoit au moins en 173 6. Depuis cette époque jufqu'à la mort du défunt, 
il nes'eft peut-être écoulé que 14 à 15 mois s il y a donc tout lieu de croi- 
re que ce regiftre n'a pas été brûlé dans un fi court intervalle , après avoir été 
confervé pendant 1 5 à 16 années. D'ailleurs un regiftre fur lequel des Aflbciés ont 
écrit & arrêté des comptes confîderables, fe garde précieufement pour leur fureté. 
En tout cas les Acculés étant une fois convaincus d'avoir enlevé les papiers & 
les regiftres du défunt, ce feroit à eux à prouver qu'un livre qui exiftoit dans un 
tems fi voifin de la mort, avoit été jette au feu depuis, par quelque raifon qu'il 
paroît impoflible d'imaginer ; mais la Veuve n'eft pas réduite à renvoyer aux Accu- 
fés à faire cette preuve. / 

Le dixfeptiéme des Témoins, que la Plaignante a fait affigner pour l'addition 
d'information, eft un Jouaillier, qui doit avoir dit que 5 ou 6 mois feulement avant 
la mort du défunt, il lui avoit vu une grande quantité de diamans dont plufieurs 
étoient très-beaux, & que les gros morceaux étoient de la nature de ceux que 

l'on 



21 

l'on ne vend pas tous les jours, mats feulement dans de certaines occasions • d'nn 
antre cote , on voit, par l'inventaire, qu'à la mort du défunt , le fieur Colas Or- 
fevre, étoit nanti de plu/icurs diamans que le défunt lui avoit confiés pour les 
vendre. 

Ainfi les mêmes raifons qui avoient obligé le défunt à tenir un regiftre, & à le 
conierver julqu'en 1736. fubfiftoicnt encore à fa mort. 

Les Témoins doivent avoir dit qu'un regiftre étoit abfolument neceflaire au dé- 
funt pour fe rendre compte à lui-même, quoique ce regiftre ne peut pas faire foi 
en Juftice, parce que le défunt n'étoit pas Marchand ; c'eft pourquoi il prit une 
rcconnoilfancc des diamans qu'il remit au fieur Colas. D'ailleurs cette reconnoif- 
fance auroit été toujours plus iûre , & même indifpenfable, parce que le fieur Co- 
las n'avoit point acheté les diamans; il n'avoit fait qu'accepter la commiiîîon de les 
vendre. 

Le furplus du Mémoire des Accufés fur cet article ne paroît pas mériter de 
répon/c. 

Cindres et Terres de la Monnoye. La Plaignait^ a montré dans fon 
premier Mémoire les contrariétés des réponfes des Accules fur ce chef. LesAc- 
mlés répondent page 1 9. Nous n'entendons pas tous également cette matière. Mais 
a la page 3. de leur premier Mémoire ils avoient dit -.Le fieur du Tafia devenu Di- 
ixcleur en 1720. nous appella tous Jucceffivement auprès de luy: Nous étions en âge de 
luy rendre quelques feriices. Les travaux de la Monnoye étoient alors en vigueur. Il nous 
affigna donc des Places de Commis ou d'infipetteurs dans fes Laboratoires. Ainfî tous les 
Acculés ayant cté Commis du Défunt dans fes laboratoires , ils ont tous été fufïï- 
famment inftruits de ce qui s'y pafToit, pour éviter de tomber en contradiction par 
ignorance. 

Or, ces contradictions fuffifent pour faire ordonner la confrontation, la ma- 
tière étant d'ailleurs grave. Le délit des Acculés eft d'avoir fait tranfporter les 
cendres à la Pépinière , dont le fieur de Petiton eft feul Maître, fans avoir le con- 
fentement de la Veuve, <k fans qu'il y eût quelqu'un de fa part. Les Accufés allè- 
guent toujours ce conientement, mais fans preuve &c fans vrai-femblance, puif- 
qu'il n'eft pas croyable que la Veuve n'eût pas chargé quelqu'un pour veiller à 
(es intérêts , fi elle eût été avertie du tranfport dont il s'agit. Ainfi le corps du 
délit demeure pour confiant. 

Titres de Créance. Meilleurs les Juges, &tous ceux qui feront curieux de 
comparer en cet endroit le Mémoire de la Plaignante avec la Réponfe qu'y font 
les Accules, feront étonnés delà mauvaiiè foy avec laquelle ils déguifëntce que 
la Plaignante a dit. Ils diffimulent fes meilleures raifons en les lauTant fans ré- 
ponfe, 6c ils luy prêtent des difeours qu'elle n'a point tenus, fur-tout à l'égard de 
M e Ballot Notaire, dont elle a exprefiement reconnu la bonne foy. 

On a traité ci-deffus ce qui concerne l'enlèvement des effets de la Caifïe 5 & 
l'on fe hâte de paffer à un objet fort intéreffant. 

3 . Titres de Créance du Défunt sur le Sieur de Roufiac, 

a cause de sa Charge. 

La Plaignante avoit obfervé à la fin de la page 1 8. de fon premier Mémoire, 
que ce chef d'accuiation rouloit fur deux points fixes folidement établis par le 
Contrat de mariage du fieur de Roufiac. L'un, que le fieur de Roufiac ne s'eft 
conftitue aucun bien propre, comme n'ayant rien au monde que le frère & la 
beUe-fœur , les plus généreux qui furent jamais. L'autre, que de fon aveu ( art. 71.) 
le t'en fieur Renard s'etoit engagé de luy prêter tous les fonds necefiàires pour l'éta- 
blir dans une Charge de Receveur Général des Finances. 

Les Interrogatoires de Maillet &c Boudonneau ont fourni un troifiéme point 
fondamental ; fça voir, que les Accufés ont fupprimé un regiftre appelle Brouillon, 
fur lequel Boudonneau , de l'ordre du fieur de Roufiac , ainfi qu'on l'a expliqué fur 
le premier chef de ce Mémoire, a extrait & fabriqué deux regiftres faux. On a 
prouvé ci-deflûs au même endroit, que ce regiftre fupprimé & au lieu duquel on 
a fubfh'tuc de faux*rcgiftres, contenoit les payemens que le Défunt avoit faits 
pour établir le fieur de Roufiac dans fa Charge de Receveur General des Finances. 

F 



22 



Voilà donc trois points fixes 5c indubitables, fur lefquels e/l fondée cette propo- 
rtion générale, qu'un homme qui n'avoit rien au monde de fon chef en fe mariant, 
à qui fon frère a promis de prêter tous les fonds neceffaires pour fon ctablirTement 
dans une Charge honorable ,8c qui a fupprimé la preuve des payement faits par 
fon frère, qui même a fait faire de faux rcgiftres pour mieux cacher le vérita- 
ble , doit être condamné à reftituer les fommes qu'on pourra faire connoître qu'il 
a reçues, fauf l'affirmation de la Plaignante , jufqu à concurrence de la fomme qui 
fera fixée par les Juges. 

Il ne peut pas être douteux que le feu fieur Renard en prêtant au fleur de 
Roufiac les fommes très-confidérables dont ce dernier a eu befoin, n'ait pas pris 
avec luy toutes fes furetés. Le 17 e des Témoins qui ont été afîignés pour l'infor- 
mation, doit avoir dit, que lors même que le Défunt ne faifoit qu'envoyer des 
facs d'argent de Ion cabinet à la Caillé du fieur de Roufiac, le Défunt exigeoit 
à chaque fois une reconhoilfance de fon frère ; 8c le 1 9 e des Témoins affignés pour 
l'addition d'information, intime ami du Défunt, doit avoir parlé pofitivemenr 
des actes que le Défirift retiroit de fes frères pour fa fureté. 

D'ailleurs, un des Confrères des plus diftingués du fieur de Roufiac, ou plutôt 
fon Supérieur, auquel il eft obligé de répondre, a été témoin oculaire d'une 
partie des engagemens pris par le fieur de Roufiac en faveur de fon frère. 

La Plaignante qui eft informée depuis peu de ce fait important , a lieu d'efpe- 
rer que la probité le fera éclore un jour aux yeux de la Juftice. 

Ces engagemens & ces actes ont été fupprimés avec le regiftre qui renfermoit 
la preuve de la plus grande partie des payemens ^ mais les Interrogatoires du fieur 
de Roufiac, &c les états que lui-même a fournis de fa dépenfe 5c de fa recette, 
fuffifent pour faire connoître à peu près les fommes qu'il doit reftituer. On va 
reprendre l'état que la Plaignante en avoit donné dans ion premier Mémoire, : &c 
réfuter à mefure les objections du fieur de Roufiac. 

Dépense du Sieur de Roufiac montant a un million 9861 liv. 

Le fieur de Roufiac forme quatre débats contre cette dépenfe. Il dit d'abord 
pour débat général que le 1 4 Août 1737.il a compté avec le défunt, & que ce 
compte renferme une déchargegénerale. Enfuitc il raye3 articles, l'un de 142000 
liv. l'autre de 1 5 4740 liv. 5c le 3 e de 1 5 07 5 2 liv. 

i°. 'Sur le Compte du 14 Août 1737. Ilfufïït de le lire pour connoître que cVft 
un compte uniquement relatif à la Caille de la Monnoye, que le fieur de Roufiac 
quitta ce jour-la. On ne craint pas defe tenir fur ce pointa ce qui a été dît au pré 
cedentMémoire 5 onobfervera feulement qucJe déhxnt s'eitexpreficmentré/crvc 
par ce compte,les dépenfes faites par le fieur de Kouûac^mentionne'es fur/on fommrer^ 
qu'il eft obligé de repréfenter , ^ dans l'état ci- joint de fes effets , c'eft-à-dire , dans 
lin état joint au compte du i4,Aouft, & qu'on a fupprimé aufli-bien que le iora- 
mier. 

2 . Sttrles 14.2000 liv. Le défunt endofïa le 9 Mars 1737. pour 130000 liv. de 
billets du fieur de Roufiac au profit du fieur Cioia, Créancier du vendeur de la 
Charge, qui reçut en même tems du défunt une fomme de 1 2000 liv. pour ap- 

Îioint & intérêts échus. Le fieur de Roufiac a qualifié ainfi cette fomme de 1 2000 
iv. dans un état écrit de fa main, produit au Procès. Le fieur de Roufiac dit que 
les 1 30000 liv. ont été acquitées par luy aux échéances des billets qui étoient 
payables en 6 , 1 2 5c 1 8 mois. Il ajoute que le fieur Cioia 8c fon Commis ont 
defavoué dans leurs dépofitions d'avoir reçu ces fommes des deniers du défunt. 
Mais au contraire le fieur de la Tour , vendeur de la Charge , à l'acquit duquel 
fe faifoient ces payemens , doit avoir dépofé que le fieur Cioia fon Créancier, 
avoit touché du défunt en plufieurs fois la fomme de 400 mille liv. ou environ , 
pour partie de laquelle le défunt avoit fait fes billets folidairementavec leiieurde 
Roufiac, 8c que le défunt avoit acquité ces billets avant fon décès. 

Le fieur Cioia doit avoir parlé auffi de deux payemens qu'il avoit reçus des de- 
niers de la CaifTe de la Monnoye , 8c par conféquent des deniers du défunt, 'quoi- 
3ue par les mains du fieur de Roufiac alors fon Caifïier. Quoiqu'il en foit, le fieur 
e Roufiac ne peut pas defavouer une dépenfe qu'il a luy-même adoptée dans un 



M 

état-écrit de fa main, & par fa recette on fera bien-tôt voir qu'il n'étoit point en 
état 'de payer de (es propres deniers cette fomme de 14x000 livres, ce qui con- 
firmera pleinement qu'elle a été acquittée par fon frère en exécution de fa pro- 
mette. 

3 . Sur les 2.(4740 liv. Le fieur de Roufiac dit que cette fomme, qu'il fut obligé 
de porter à la Caille commune, luy étoit provenue des remifes que les Receveurs 
des Tailles luy avoient faites dans le mois de Mars 1737 , & que ces remifes fe 
montoient à beaucoup plus de 1 54740 liv. 

Mais plufieurs Confrères du fieur de Roufiac, & en particulier le fieur de la 
Tour fon prédeceffeur , font en état de le démentir fur ce point , s'ils veulent 
bien rendre gloire à la vérité, 6c s'acquitter envers la Plaignante d'un devoir de 
juiticc. 

La Dame Renard fe flate que le fieur de laTour ne trouvera pas mauvais qu'elle 
explique ici les motifs qui l'ont obligé à fe défaire de fa Charge au mois de Fé- 
vrier 1737. Ces motifs font aiîèz connus. 

Le fieur de la Tour n'ayant pu recevoir des Receveurs des Tailles de fa Géné- 
ralité qui eft fort pauvre, dequoi remplir fon Traité avec le Roy, Se ne s'étant 
pas trouvé en état par luy-même de faire des avances fi confidérables pour le mois 
de Janvier 1 73 7 & les fui vans, il vendit fa Charge. On conçoit aflèz que fi dans 
te mois de Mars le fieur de la Tour eût pu toucher des Receveurs des Tailles beau- 
coup plus de 2 j 47 40 liv. comme le fieur de Roufiac prétend l'avoir fait, iln'auroit 
eu garde de fe dépouiller d'un état honorable au mois de Février 3 il auroit faci- 
lement trouvé de l'argent fur des Lettres payables dans un mois par fes Rece- 
veurs des Tailles ; qui en ce cas les auroient acceptées fans difficulté. Il fallut donc 
abfolument que le premier foin du feu fieur Renard , en achetant pour fon frère 
la Charge du fieur de la Tour, fût de remplir ce que le fieur de la Tour devoir à 
la Caillé commune ; l'intérêt du Roy fur ce point ne fouffroit aucun retar- 
dement. 

Le fieur de Roufiac penfe en être quitte pour dire contre la vérité, qu'au mois 
de Mars, les Receveurs des Tailles luy remirent beaucoup plus de 2 54740 liv. mais 
il faut qu'il prouve ce qu'il avance. Qu'il montre fes regiitres ; ils dévoileront par. 
faitement une impofture déjà fi notoire. 

4 . Sur Us j S07 s 2 liv. Le fieur de Roufiac dit que c'eft un double émploy 
avec la fomme de«.i7r39i livres , qu'il convient aveir jette dans le commerce. 

Mais l'état écrit de fa main fait voir qu'il n'y a point de double employ. La 
fomme de 15075 2. liv. cflcompofée de cinq articles, l'un delà fomme de 67500 
liv. l'autre de 24000 liv. qu'il prêta à la Compagnie des Indes 3 le troifiéme, de 
17505 liv. qu'il prêta au fieur d'Aubriette -, le quatrième, de 3 2000 liv. prêtées 
au fieur le Maignan 3 &c le dernier de 9747 liv. fournies au fieur Dubuiffon : au 
lieu que la fomme de 1 7 1 3 9 1 liv. 1 5 fols eft compofée d'onze articles détaillés au 
dos de l'état écrit de la main du fieur de Roufiac, &tranfcrits au bas de la page 
20 du Mémoire de la Plaignante. Aucun de ces onze articles ne fe rapporte à 
ceux qui compofent la première fomme de 1 5075 2 liv. 6c par conféquent ce ne 
font pas les mêmes 5 il n'y a point de double employ. Il eft même très-remarqua- 
ble que cette fomme de 150752 liv. que le fieur de Roufiac defavoue aujourd'hui, 
eft la première qu'il ait avouée aux art. 24. &. fuivans de fon Interrogatoire , au lieu 
que d'abord il avoit defavoue l'autre. 

Ilavoit nié à l'article 23 de fon interrogatoire d'avoir jette dans le commerce, 
pour établir fon crédit, cette fomme de 1 7 1 3 9 1 liv ï 5 C. et il a été obligé de l'a- 
vouer à l'article 42 après la reprefentation qu'on lui a faite à l'article 3 6, de l'état 
écrit de fa main. 

D'ailleurs on verra dans un moment^que parmi les difîèrens états que le fîëur de 
Roufiac a donnés de fa recette, il n'y en a pas deux qui fe refTemblent. 

Ainfi la mauvaife foy du fieur de Roufiac dans cette allégation de double em- 
ploy ne doit pas furprendre , &les débats donnés par le fieur dé Roufiac fur ces 
crois articles de fa dépenfe étant détruits , cette dépenfe doit fubfifter pour un 
million 9861 liv. 



*4 
Recette du Sieur de Roufiac montant a 466500 liv. 

Le fieur de Roufiac a fait monter fa recette à autant de différentes fbmmes 
qu'il en a fourni d'états; on ne parlera point ici de l'état qu'il fît remettre à la Da- 
me Renard par le fleur de Bury , & qui fe monte à 680299 liv. 1 3 £ 5 d. ni de ce- 
lui qu'il fit donner par le fieur Dominer à M c de M ouchy ancien Notaire, qui fe 
monte à 5 1 0000 liv. on le contente de rapporter trois états qu'il avoue, l'un écrit 
de fa main qu'il a reconnu ( articles 3 6 8c 3 8 ) comme contenant tous les engage- 
mens qu'il avoit pris pour fa Charge , 8c les deux autres imprimés dans les deux 
Fa&ums fiçnés de lui. . 
Ce premier état monte à 592500 lh. 

SçAVOHl., 

Par contrats . . . . , . 311 000 liv. 

Par huit billets , . . . . 117500 

Par autre billet du fieur de la Tour . . . 22000 

Par fix billets au fieur Cioia ... . 142000 

"Total 5 92 500 liv. 

Le fécond état porté par le premier Mémoire imprimé, monte à 531614 liv. 

Sçavgir., 

Pour fa dot èc celle de fa femme , cy .... 1 90000 1, 

A la Dame de Montflambert . . . . , 25000 

Du fieur Silva . , . 60000 

Billet au défunt . . . . 48614 

Billet au fieur de la Tour . , ... 22000 

Par contrats ,,„.... 186000 



Total 531614!, 

Le troifieme état porté dans le fécond Factum imprimé fe monte à 5 37299 1- 

Sçavoir, 
Sa dot & celle de fa femme, cy , 1 90000 I. 

Par contrats . . . . . . . 186000 

Parbillets . . irjooo 

Billet au défunt . . ... « . 46299 

Total 537 l 99^ 

Pourquoy tant dediverfité dans ces expofés d'un même fait de la part d'une 
même perfonne? C'eft qu'il n'y a qu'une façon de dire la vérité, & qu'il y en a 
une infinité pour la déguifer. 

Arrêtons-nous aux derniers états portez par les Mémoires imprimés lignés du 
fieur de Roufiac. 

La principale différence de l'un avec l'autre vient de 1 1 5 000 1. qu'il porte au 
fécond Mémoire , comme lui étant accordées , dit-il , par la Plaignantc,8c dont il 
n' avoit pas dit un mot dans le premier Mémoire. Mais la Plaignante, loin de lui 
avoir accordé ces 1 15000 liv. ou ces 1 1 7 5 00 liv. n'en a parlé que par fuppofition 
dans fon Mémoire , & d'après l'état du fieur de Roufiac , fans qu'elle Ibit con- 
venue de rien j car elle fçait parfaitement que le défunt avoit fait lui-même ces 
emprunts. Le Mémoire de la Plaignante étoit imprimé avant qu'elle eut vu le pre- 
mier Fa&um du fieur de Roufiac ; mais puifque cedernier a obmis cet article de 
1.1 7 5 00 liv. dans fon premier Factum, ôc qu'il ne le porte dans le fécond que fur 
le prétendu confentement de la Plaignante , il faut conclure que le fieur de Rou- 
fiac a reconnu l'erreur de cette partie .de l'état écrit de fa main , èc retrancher ef- 
fectivement ces 1 1 5 ou 1 1 7500 1. de la recette hypothétique pafTée par la Plai- 
gnante dans fon Mémoire. 

Cette feule obfervation fuffit pour faire voir que la recette même de 46 6 5 00 1. 
que la Plaignante a pafTée par fuppofition au fieur de Roufiac, ne fe monte pas à 
cette fomme, 6c que par conféquent le fieur de Roufiac eft reliquataire envers la 
fucceffiondu défunt de plus de 543000 liv. On 



^ . 2 5 

On n'ajoutera plus qu'un autre remarque. Ceft que tous les emprunts que le 

fieur de Roufiac dit avoir faits, & qui fe montent réellement à 1 86000 Hv. n'ont 

été que depuis le premier Avril jufqu'au 20 Juillet 1737. 

Sçavoir, 

Le premier Avril de M. Chauvelin . . ; 66000I. 

Le4delaDameRemond ..... 25000 

Idem du fleur Remond .... , 13000 

Le 1 5 de la Dame de Befenval . . ; , 20000 

Le 1 3 Juin du fieur de Befenval . ; ; 40000 

Le 14 du fîeur Floiflac . ... . 10000 

Le 20 Juillet du fieur Barjac .... 12000 



Total 



186000 1. 



Ainfi ces 1 86000 liv. n'ont pas pu fervir aux payemens îmmenfes qui ont été 
faits aux mois de Février & Mars 1737, d'autant mieux que le fieur de Roufiac 
même, dit à l'article 42. de fon Interrogatoire, que les 1 86000 liv. lui ont fervi 
à prêter 1 7 1 3 9 1 livres ï 5 fols , qu'il mit dans le commerce pour fe former un 
crédit. 

On ne parlera pas des déductions que le fieur de Roufiac auroit dû faire fur fa 
dot 6c celle de fa femme, comme en ayant employé une forte partie en frais de 
mariage & en dépenfes pour monter fa maifon ; la Plaignante en a parlé fuccin- 
tement dans fon premier Mémoire, &c elle auroit beaucoup de chofes à y ajouter} 
mais elle a trop d'objets à traiter , pour leur donner à tous quant à préfent l'éten- 
due qu'ils doivent avoir. X 

On ne peut pas néanmoins fe refufer d'ajouter encore un mot. Le fleur de Rou- 
fiac dit à la page 3 1. qu'il eft en état de juftifier qu'il n'a payé fur fa Charge de 
510000 liv. que 283219 liv. Mais voicy les payemens qui ont été faits de fon 
aveu , 8c qui prouvent que fur ces 5 1 0000 liv. il ne doit que 47000 liv. 

Au fieur Cioia, fuivant l'aveu du fieur de Roufiac, article 27. de 
fon Interrogatoire, 400000 liv. c'eft-à-dire au jufte cy . . . 3 97000 liv. 
Au fieur de la Tour, art. 3 3. ..... . 22000 

Au Père Straquan en capital 4000 

Au fieur Boutin , Receveur Général des Finances, par quittance 
du 17 Février 1739. pafïée devant Teffier, Notaire, cy . . 40000 

Suivant fon mémoire remis à M c de Mouchy par les mains du 
fieur Domilier , il a reconnu ne devoir plus fur fa Charge que 
2 2 000 liv. au fieur de la Tour, Se 2 5 000 liv. à la Dame deMont- 
flambert, cy ..... . . 47000 

Balance. 



5 IOOOO 



liv. 



Ceft ainfi que le fieur de Roufiac fe joue de la vérité & de la Juftice. Ses difeours 
ne font qu'un tiflu de faufletés Se de contradictions 5 tant il eft difficile de foute- 
nir un fyftême dont la vérité n'eft point la bafe. 

4 . Sur la Charge du Sieur Genty. 

5 . Dot des autres frères, neveux et nièces du Défunt. 

6°. Maison de Bourdeaux. 



Les Accufés ne répondent rien fur les deux premiers articles. En effet perfonne 
n'ignore , Se il eft bien prouvé que le défunt avoit acheté une Charge au fieur 
Genty , Se doté tous les autres. La moitié de ces fommes doit être rapportée à 
la Veuve par les Accufés , tant en leurs noms , que comme héritiers du fieur 
Genty. 

A l'égard des maifons de Bourdeaux, les Accufés ne répondent pas un feulmot 
aux deux Lettres qui forment une preuve par écrit bien complète , que ces mai- 
fon àvoient été acquifes de l'argent du défunt. Ils ont mieux aimé déclamer que 
convenir de la force d'une telle preuve. 

On s'arrête enfin icy pour finir de fi longues difeuffions. L'on omet , quant à 



16 

préfenc, de relever bien d'autres points qui fe repréfenteront dans une autre oo 
cation. 

Sur la Récapitulation des Accust's. 

Ils infînuent pathétiquement que leur focur de Magimel &c le fieur Genty font 
morts du chagrin que leur a caufé l'accufation de la Dame Renard. Mais aucun 
de ceux qui ont pris» quelque intérêt à ces pertes, n'ignore que la Dame Ma- 
gimel eft morte des fuites ordinaires d'une defcente au nombril, &c des opérations 
que les Chirurgiens ont étéobligés de luy faire* 

A l'égard du fiaur Genty, il eft mort d'une maladie invétérée, fruit de fajeu- 
nefïè , au milieu des plus cruelles opérations de la Chirurgie , &. d'un délire pref- 
que continuel; 

On le fait parler fortéloquemment après fa mort , mais contre toute vrai-fem- 
blance , 6c fans aucune fincerité. La Dame Renard ignore quelle manœuvre on a 
fait jouer à cette occafion 5 mais fi le fieur Genty eût eu de la liberté d'cfprit, avec 
la volonté de rendre gloire àla vérité dans fes derniers momens , elle eft perfuadée 
qu'il auroit déclaré les faits qui fuivent. 

i°. Qu'ayant été interrogé, article 140, fi le feu fieur Renard n avoit pas acquis 
le 7 Juillet 171J. de M. de Gouzangré ', une maifon à Paris, rue Montmartre , fou s le 
nom de lui répondant, il avoit répondu , contre la vérité , que ladite maifon n' avoit point 
été achetée fous fon nom: comme auffi qu'ayant été interrogé , article 141 , s'il n'a- 
voit pas paffénne déclaration de ladite maifon , au profit de feu fieur Renard du Tafia , il 
avoit encore mal à propos, & contre la vérité, répondu que non. 

En effet, la Plaignante a recouvré au mois d'Avril dernier , la déclaration pafïèe 
le même jour 7 Juillet 1 71JS , en brevet devant Notaires , par le S' Genty , en fa- 
veur de fon frère, en ces termes 1 Aujourd'hui eft comparu. 1 M' Jean Renard , 

Confeiller du Roy , Garde des Livres de la Chambre des Comptes ; lequel a re- 
connu & déclaré qu'il ne prétend rien dans la vente qui lui a été faite par contrat pajfe ce 

jourd'hui par Meffire Etienne - Alexandre Choppin , Chevalier, Seigneur de Gou- 

z,angré. . . d'une maifon k Paris , rue Montmartre mais quicelle maifon 

eft pour, ér au profit du fieur Mathieu Renard , auquel ledit fieur comparant n a fait que 
prêter fin nom, &c. L'original de cette déclaration eft annexé a la minute d'un 
contrat de 18 cent livres de rente conftitué le 20 Septembre 1733 , parle feu 
fieur Renard j au profit de feu Madame de Moras , fuivant la délégation que M. 
de Gouzangré en ayoït faite , & à fon acquit. M c Perret a la minute de ce con- 
trat. 

i°. La Plaignante eft encore perfuadée que le fieur Genty auroit déclaré qu'il 
avoit affirmé contre la vérité aux articles 1 1, 1 3 s— g 3 9. de fon interrogatoire, 
d'avoir payé de fes deniers la Charge de Garde des Livres de la Chambre des Com- 
ptes dont il étoit revêtu, & que le feu fieur Renard n'en aVoit rien payé. 

Le S r Genty avoit avoué à un grand nombre de perfonnes, que le défunt avoit 
payé cette Charge. Le défunt s'etoit fervi pour cela du nom de Louis Heurteau , 
ion domeftique , dont il avoit retiré des déclarations qui ont été fupprimées. Ce 
bienfait fi notoire doit être bien confiant par les informations ; 5c le fieur Genty 
n'auroit pas manqué, pour l'intérêt même de fon honneur, d'avouer des vérirés 
dont perfonne ne doutoit, quoiqu'il eût crû les devoir nier dans fon interroga- 
toire. 

3 . Si le fieur Genty s'étoit rappelle dans ces derniers momens, qu'aux articles 
106 & 107. de Ion interrogatoire, il avoit nié d'avoir pieté fon nom au feu fieur 
Renard , conjointement avec l'Abbé DofTeron, à l'occalion de la Charge du fieur 
de Roufiac , &. qu'enfuite à l'article 1 1 3 . il avoit avoué que luy, ejr l'AbbéDofferon 
avoient prêté leurs noms an feu fieur Renard , pour ce même fujet, il n'auroit pas 
manqué auffi d'en faire fa déclaration. Mais auroit-il oublié un fait fi grave, fi 
fa maladie luy eûtlaifié la liberté d'efprit ncceffàire? 

4 . Il n'auroit pas oublié non plus de déclarer qu'il avoit parlé contre la véri- 
té, & même contre la notoriété publique, lorsqu'il avoit affirmé à l'art. 8. de 
fon interrogatoire, qu'il n'aVoit pas été nourri, chauffé, éclaire ', & généralement entre- 
tenu de toutes chofes dans la maifon du Défunt , depuis fon arrivée k Paris , jufquau 2 
Mars 1738. lorfqu'à l'article 9. il avoic nié que le feu fieur Renard lui eût donné 



17 . 

des Maîtres pour fon éducation ;lorfqu'à l'article 10. étant interrogé, fi le Défunt 
ne Pavoit pas mis chez M c Carré Procureur, & n'avoit pas payé lapenfion pour 
luy , il avoit répondu que c étoit lui-même qui payoït la penjion , Se lorfqu'à l'art. 1 1. 
étant interrogé, fi le feu fïeur Renard ne luy avoit pas fait faire fon Droit, 6c 
ne l'avoit pas fait recevoir Avocat à fes frais , il avoit répondu que lui-même 
avoit payé de fes deniers tous ces frais. Le fieur Genty auroit fans doute rétabli la 
vérité fur tous ces points, quand môme il n'auroit eu pour motif que de ne pas 
mourir ingrat. 

5 . LefieurGenty a affirmé aux articles 141. &c 143. de fon Interrogatoire, 
que fa mère avoit acheté de fes deniers^ trois Maifons à Bordeaux , &C qu'elle étoit 
très en état de les acheter. Depuis cet Interrogatoire la Dame Renard a rapporté 
des preuves par écrit, que le feu fîeur Renard avoit fourni les deniers de ces 
acquifitions , 6c que toute la fucceffion du père du fîeur Genty, y compris les 
mauvaifes créances 6c la dot de fa mère, ne fe montoitqu'à 13000 1. fur quoi 
il avoit fallu déduire les dettes. Le fieur Genty a été inftruit de ces preuves par 
écrit. Auroit-il manqué d'y déférer , ou pour mieux dire , de fe rendre à des 
vérités qui luy étoient fi parfaitement connues ? 

Enfin , le fieur Genty auroit-il manqué de déclarer en détail toutes les fouftra- 
crions faites après la mort de fon frère aîné, 6c qui doivent être parfaitement 
prouvées par les informations? 

Si l'on étoit en état de tranferire ici les propres termes des Témoins , on les 
auroit comparés avec les dénégations que le fieur Genty a faites fur tous ces 
points. 

Mais ce qu'on vient d'expliquer 6c de prouver, paroît plus que fuffifant pour 
convaincre tout homme fenfé , que le Sr Genty ne peut pas avoir tenu les difeours 
qu'on luy prête, puifqu'il n'a pas déclaré aufïï toutes les autres vérités confiantes 
dont on vient de rendre compte. 

C'eft du moins ce qu'on peut penfer 6c dire de plus honorable pour fa mé- 
moire. La bonne confeience ne diffimule rien : elle cherche à tout réparer fans 
exception. 

On e(t même perfuadé que le fieur Genty a defiré dans quelqu'un des der- 
niers inftans de fa vie , d'avoir la force de faire ces déclarations feules confor- 
mes à la vérité , 6c que le Maître Souverain des cœurs aura difpofé le fien d'une 
toute autre manière que les Accufés ne le fuppofent. 

Signé, Catherine-Michel Veuve Renard. 

Monfieur DE $EZE T> E L Y S , Rapporteur. 

M c LOUVEL DES BOIS, Avocat. 

G 1 l l 1 E R , Proc. 




Cher LeBrltoh petit-nls d'Hourtc, Imprimeur ordinaire du Roy, rue de la Harpe , au St Efprit. 



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